Par Solenn De Royer

2016 sera l’année Mitterrand, mort il y a 20 ans. A l'approche de la fin de l'année, profitons-en pour revenir sur ses derniers vœux aux Français, des vœux d’adieu diffusés le 31 décembre 1994.

Des vœux historiques. Souvenez-vous : ces fameuses « forces de l’esprit ». J’ai retrouvé des témoins qui m’ont raconté les coulisses. Ces vœux ont été enregistrés dans le studio de télévision de l’Élysée qui se trouve dans une petite rue, derrière le Palais, la rue de l’Élysée. Ce jour-là, Mitterrand est fatigué, il vient de subir un traitement de radiothérapie. Il a peur de perdre sa voi et il a une mine épouvantable.

Dans le studio, il y a un petit salon de maquillage. Le Président est tassé dans son fauteuil. Nelly, sa maquilleuse, fait ce qu’elle peut pour essayer de lui redonner vie.

L’ambiance, dans le studio, est évidemment très lourde. Ceux qui sont là, les conseillers, les techniciens, retiennent leur souffle. Certains retiennent même leurs larmes. Chacun sait que ce sont ses adieux. Et qu’après ces adieux, ce sera le départ de l’Élysée et la mort. »

Mitterrand lisant Le Monde
Mitterrand lisant Le Monde © William Karel - Gamma

Le Président n’aimait pas ce rituel. Chaque année, il se faisait prier. Il disait à ses conseillers : «__Les Français veulent réveillonner tranquilles, ils ne m’écouteront pas…» . Évidemment, il minaudait !

Quoi qu’il en soit, il s’y mettait toujours au dernier moment. Il demandait une trame à ses conseillers. Mais cela ne lui allait jamais. Mitterrand avait une méthode bien à lui. Sa secrétaire, Paulette Decraene , m’a raconté qu’avant de partir pour Venise, où il passait Noël, il griffonnait des idées sur des petits bouts de papiers, qu’il gardait ensuite dans ses poches, et puis il rédigeait au dernier moment. »

«Le décor était toujours le même : une simple table. Mais chaque année, un conseiller allait chercher des objets qui se trouvaient sur le vrai bureau du président : un encrier, un coupe papier ou un marron du parc de l’Elysée.

__

Ces objets étaient ensuite disposés sur la table du studio, pour que ça fasse plus vrai ! Mitterrand n’aimait pas prêter ses objets. Il avait peur qu’on ne les lui rende pas. »

Il y a eu une réunion, quelques jours avant le 31 décembre pour discuter du contenu. Mitterrand explique à ses conseillers qu’il parlera du lien qui l’unit aux Français. Il parle des « forces de l’esprit », une expression christique. Anne Lauvergeon , secrétaire générale adjointe de l’Elysée, est un peu inquiète. Elle met en garde, elle dit au Président : « On va dire que vous croyez au spiritisme, que vous faites tourner les tables . »

Anne Lauvergeon m’a raconté que cette conversation avait été un peu « agitée ». Mais Mitterrand n’a rien voulu entendre : il tenait à sa formule. C’est cette formule qui est entrée dans l’Histoire : « Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. »

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.