Entre le gouvernement et les grévistes, la tension continue de monter au sujet de la réforme des retraites. Ce dimanche dans le JDD, le secrétaire d'État aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, a qualifié la CGT de syndicat d’extrême-gauche.

Jean-Baptiste Djebbari durant une visite à Saint-Lazare le 27 novembre dernier
Jean-Baptiste Djebbari durant une visite à Saint-Lazare le 27 novembre dernier © AFP / JACQUES DEMARTHON

Cette petite phrase constitue un tournant de ce conflit. Présente dans l'interview donnée au Journal du dimanche, Jean-Baptiste Djebbari nous explique que la Confédération générale du travail, le nom en toutes lettres de ce syndicat, longtemps proche du Parti communiste, ne fait plus partie de l’arc républicain. Il brise là un tabou de la politique française, qui veut qu’un gouvernement en place ne remet pas en cause, pendant un conflit social, la légitimité d’un syndicat représentatif. C’est donc une première. 

Quel est l’intérêt du gouvernement de s’en prendre ainsi à la CGT ? 

L’intérêt, vous l’avez sans doute ressenti, si vous avez discuté dernièrement avec un ami de droite. Chez l’électeur de droite, la méfiance à l’égard des syndicats est un élément d’identification important, à plus forte raison à l’égard de la CGT, perçue comme le plus radical. Il s’agit d’une représentation négative qui nourrit la culture politique de droite, pour reprendre le concept de l’historien Serge Berstein. Un peu comme le monde de la finance pour le citoyen de gauche. 

En expliquant que la CGT, c’est l’extrême-gauche, Jean-Baptiste Djebbari, dont la déclaration a été relue par Matignon et l’Elysée, mobilise donc l’imaginaire de l’électeur de droite, et de tous ceux à qui l’action de ce syndicat déplaît. Il suggère que le conflit en cours n’a pas lieu entre le gouvernement et la population mécontente mais entre des forces réformistes et une extrême-gauche archaïque

Est-ce que ça a de chances de fonctionner, cette stratégie ? 

Pour l’instant, cela ne fonctionne pas. Même si la CGT a perdu de son aura d’antan - seuls 27 % des Français saluaient son action en 2017 - l’opinion rejette toujours, pour l’instant, cette réforme des retraites. En outre, l’effet pervers de cette stratégie d’appel au cerveau reptilien de l’électeur de droite est qu’elle pourrait achever de détourner… l’électeur de gauche. Car le gouvernement a un peu oublié que ce n’est pas lui qui choisit la composition politique du pays. Si Emmanuel Macron aime à se poser en seul rempart face à une extrême gauche anti-républicaine et l’extrême-droite de Marine Le Pen, cela ne signifie pas que les électeurs suivront en 2022.

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