Emmanuel Macron a beaucoup évolué depuis 2017, à l’épreuve du pouvoir. Mais dans les mues politiques, les mots ne suffisent pas, il faut des résultats !

Emmanuel Macron, président de la République
Emmanuel Macron, président de la République © AFP / Ludovic Marin

Cet automne, Emmanuel Macron a durci le ton. C’est devenu sécuritaire, régalien. Il nous a dit aux Mureaux, par exemple, il n’y aura plus de scolarisation à domicile. Cela évitera ces familles qui envoient leurs enfants dans des écoles coraniques clandestines.

Et puis, le Conseil d’Etat est passé par là. Il a trouvé que la mesure était peu constitutionnelle. Alors, le gouvernement a revu sa copie. Résultat, dans le projet de loi contre le séparatisme, la mesure a été largement assouplie.

On voit là toute la difficulté entre la volonté politique et les résultats.

Et c’est ce qui vient à nouveau de se passer ces derniers jours, à propos d’un autre sujet tout aussi sensible : la formation des imams.

Aux Mureaux, le chef de l’Etat avait promis d’encadrer la formation des imams plus strictement

Justement pour éviter que des prêcheurs radicalisés ne fassent de la propagande dans les mosquées. L’Etat pousse d’ailleurs depuis des années l’islam de France à certifier ses imams.  Sans succès.

Emmanuel Macron était, lui, à deux doigts d’y arriver. C’était le 18 novembre, il reçoit à L’Elysée le CFCM. Le conseil français du culte musulman. L’interlocuteur des pouvoirs publics. Les dirigeants du CFCM lui promettent de créer de rédiger une charte des valeurs républicaines, que tous les futurs imams devront signer. Macron sent qu’il tient une victoire. Il donne rendez-vous à tout le monde 15 jours plus tard… 

Sauf qu’on est maintenant à six semaines de la rencontre et cette charte… elle a capoté. En fait, les composantes les plus radicales du CFCM ont torpillé le texte, ont refusé de faire une distinction claire entre l’islam et l’islam politique. Du coup, même les plus modérés se sont retirés. 

C’est donc un échec

Même si Gérald Darmanin dans Le Parisien ce matin nous assure qu’il va rencontrer tous les membres du CFCM en janvier. Il veut sauver cette charte, quitte à ce qu’elle soit signée seulement par deux ou trois courants républicains.

Cet épisode, il tombe à un mauvais moment. On est à trois semaines de l’arrivée du texte sur le séparatisme à l’assemblée nationale. Or, cela fait donc deux annonces importantes des Mureaux qui sont tombées à l’eau.

Le tournant régalien du président se sera révélé un chemin semé d’embûches. Il ne lui reste plus beaucoup de temps pour engranger des résultats. Et continuer à dynamiter la droite… en occupant son terrain.

L'équipe
  • Marcelo WesfreidJournaliste au service politique du Parisien / Aujourd'hui en France