A propos des élections européennes de mai prochain, un récent sondage donne le parti de Marine Le Pen en tête : ce serait une première.

élections européennes le 25 mai 2014
élections européennes le 25 mai 2014 © reuters

D’un point de vue mathématiques, c’est juste. Si le Front national arrive en tête au soir du scrutin européen au mois de mai prochain, ce sera un coup de tonnerre dans la mesure où ce sera la première fois que le parti de Marine Le Pen arrivera devant le PS et l’UMP dans une telle élection.

Surtout que le scrutin européen n’est généralement pas le plus favorable au Front national, une grande partie des classes populaires de ne déplaçant pas pour voter pour les députés européens. Pour mémoire, en 2009, l’abstention a frôlé les 60% !

Si le FN arrivait en tête en mai prochain, la performance n'en serait pas plus remarquable dans le paysage politique . Car il faut le savoir, le scrutin européen ne structure pas la vie politique en France. Sinon Philippe de Villiers aurait été élu président, Bernard Tapie et les radicaux auraient été la première force à gauche dans les années 90 et Europe Ecologie Les Verts aurait supplanté le PS comme premier parti de gauche.

En 1994, La liste menée par Bernard Tapie talonne celle de Michel Rocard. 12% pour l’homme d’affaires soutenu par les radicaux et en sous-main par Mitterrand, 14,5% pour le premier secrétaire du PS de l’époque. Tout le monde imagine le PS au fond du trou. Résultat : un an plus tard, à la présidentielle, son représentant, Lionel Jospin, arrive au second tour et réunit 47% des voix.

En 1999, c’est la liste menée par Charles Pasqua et Philippe de Villiers qui passe devant celle de Nicolas Sarkozy. 13,06% pour les duettistes contre 12,82% pour celui qui dirige alors le RPR. Résultat des courses ? Philippe de Villiers ne se présente pas à la présidentielle de 2002 et ne fera que 2,23% des voix en 2007, année de l’élection de Nicolas Sarkozy.

Enfin dernier exemple, plus près de nous en 2009, les listes menées par Europe Ecologie Les Verts ne sont pas loin de dépasser celles du PS : 16,3% pour les amis de Cohn-Bendit contre 16,5% pour ceux de Martine Aubry ! Mais trois ans plus tard, la représentante d’Europe Ecologie, Eva Joly, dépassera à peine les 2% à la présidentielle quand celui du PS, François Hollande sera confortablement élu !

Il n’y aura pas de leçons à tirer de ce scrutin européen. Certes, il y a toujours des leçons à tirer d’un scrutin. Mais il ne faudra pas faire dire aux électeurs plus que ce qu’ils n’ont voulu dire. Surtout s’ils ne sont qu’à peine 40% à se déplacer.

Depuis longtemps les Français ont compris que ce scrutin avait peu d’enjeux nationaux et donc ils en profitent pour se défouler. Mais le scrutin suivant, ils reprennent leur sérieux. Le scrutin européen ne structure pas la vie politique au sens où ceux qui ont été les vainqueurs de ces élections n’ont jamais pu construire quelque chose sur la durée.

Mais s’il ne permet pas de lancer ou relancer un politique, en revanche, il peut en détruire. Michel Rocard en est l’exemple le plus flagrant qui a du démissionner du PS et n’a pas pu se présenter à une présidentielle qu’il lorgnait depuis vingt ans ! Le boulet n’est pas passé loin de Nicolas Sarkozy en 1999, qui a connu une traversée du désert de deux ans. C’est la raison pour laquelle le mode de scrutin a été modifié, désormais éclaté en huit régions ce qui ménage les leaders nationaux…

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