Toute manifestation d’unité politique mérite d’être analysée. Surtout en ces temps de discorde nationale autour de la gestion de l’épidémie de Covid-19.

Patrick Devedjian
Patrick Devedjian © AFP / Mychele Daniau

Hier matin, on a appris la disparition brutale à 75 ans de Patrick Devedjian, président du conseil départemental des Hauts-de-Seine, victime du coronavirus. 

Aussitôt des voix se sont élevées venues de son camp, la droite, c’est normal, il a été plusieurs fois ministre sous Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. 

Mais aussi de l’autre côté de l’échiquier politique pour des hommages, c’est assez rare pour être souligné, particulièrement sincères. Je pense à ceux de l’écologiste Cécile Duflot, du communiste Ian Brossat ou de François Hollande.

Pourquoi Patrick Devedjian a-t-il autant marqué les esprits à gauche ? 

Certainement pas pour ses débuts avec Alain Madelin ou Gérard Longuet au mouvement d’extrême droite Occident. 

C’était aussi un sarkozyste et un libéral. 

Mais il a su, et c’est cela qui lui vaut ces louanges aujourd’hui, se dresser à de multiples reprises contre son camp

Opposant farouche à la ligne Buisson sous le quinquennat Sarkozy. Capable aussi de résister à la nomination de Jean Sarkozy à la tête de l’établissement public de la Défense. 

Un homme à part donc. « Un esprit libre qui voulut toujours penser la droite dans la nuance et la complexité », a observé Emmanuel Macron. 

Il est vrai que la pensée complexe de Patrick Devedjian fait cruellement défaut à la classe politique du nouveau monde, championne de la défiance et en même temps de "l’aplaventrisme". 

Son ami Jean-Louis Bourlanges résume :

Sa vie politique devait tout au courage et au talent et rien à la complaisance.

Vous voulez dire que l’on célèbre un rebelle ?

Oui, mais pas seulement. C’était aussi un homme de culture, passionné du grand siècle, le XVIIe. 

"L’intelligent de la droite", comme le surnommait Libération, avouait son angoisse suprême : celle de ne plus avoir le temps de lire suffisamment de livres avant sa mort. 

On décelait chez cet homme, fils d’exilé arménien, une profonde gravité qu’il camouflait mal derrière un grand sens de l’humour.

Il avait d’ailleurs fait rire la classe politique entière en clamant qu’il aurait été convenable que Nicolas Sarkozy élargisse l’ouverture jusqu’aux sarkozystes, alors qu’il était resté, lui, à la porte d’un gouvernement où venait d’entrer Bernard Kouchner. 

La culture, l’humour, le panache, la mauvaise foi parfois mais toujours cet attachement à la liberté. Vous avez là toutes les clés d’une popularité posthume en ces temps de politique confinée.  

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