Par Charlotte Chaffanjon, journaliste politique à l'hebdomadaireLe Point

bayrou renoue avec borloo et revient au centre-droit
bayrou renoue avec borloo et revient au centre-droit © reuters

La vie politique est trop violente. La droite et la gauche s’entre-déchirent, l’extrême gauche attaque la gauche, le FN attaque tout le monde. Alors un peu de douceur ne fait pas de mal dans ce monde de brutes.

Pour cela, allons faire un tour au centre. François Bayrou l’a confirmé : son parti, le Modem, va s’unir à celui de Jean-Louis Borloo, l’UDI - qui a déjà absorbé le Nouveau centre d’Hervé Morin.

François Bayrou était interrogé par Christophe Barbier sur I> Télé hier matin :

Figurez-vous qu’il n’y a pas que Marine Le Pen qui profite du climat actuel. Pendant que le gouvernement s’empêtre dans ses contradictions sur à peu près tous les sujets, les deux B -je parle de Borloo et Bayrou- très discrètement, presque dans l’indifférence, et bien ils grimpent, ils grimpent, ils grimpent. Un sondage BVA, en partenariat notamment avec France Inter, a fait beaucoup de bruit cette semaine parce qu’il révèle notamment que François Hollande devient le président le plus impopulaire de la Vème République. Mais il y a d’autres enseignements intéressants à tirer de cette étude : Borloo et Bayrou arrivent 3ème et 4ème au classement des personnalités dont les Français souhaitent qu’ils aient davantage d’influence dans la vie politique (derrière Manuel Valls et Alain Juppé). Jean-Louis Borloo prend 5 points, à 44 % d’opinions favorables et François Bayrou en gagne 1, à 37 % d’opinions favorables.

Plus intéressant encore : le classement des principaux partis politiques.

Le parti le plus populaire, c’est l’UDI de Jean-Louis Borloo avec 44% d’opinion favorable et le deuxième, c’est le MoDem avec 42% d’opinion favorable !

C’est presque trop beau… Il faut revenir sur terre. D’abord, ces chiffres ne sont pas des intentions de vote pour une quelconque élection, mais traduisent une côte de popularité. On le sait : ça ne veut pas dire grand chose. Le centre capitalise pour l’instant sur le rejet des deux grands partis. L’UMP est une opposition en convalescence, qui a du mal à se tourner vers les Français. En plus, sa droitisation est un mauvais calcul qui effraie une grande partie de son électorat. Quant à la majorité, elle traverse une zone de forte turbulence, c’est un euphémisme. De l’affaire Léonarda à l’écotaxe, le pouvoir perd en crédibilité. Alors évidemment, les solutions alternatives sont tentantes. Le FN, on le saura, mais pas seulement. Ce n’est pas pour autant qu’à l’heure de voter, les Français ne feront pas le choix des principaux partis, au nom du vote utile, vous savez. La bipolarisation de la vie française est quand même une réalité très ancrée.

Les municipales seront un bon test pour savoir si le centre a un rôle à jouer, et mêmeun crash test ! Cela va être très compliqué pour le couple Borloo-Bayrou de résister à l’aventure municipale, parce qu’il est hybride. À la dernière présidentielle Borloo a voté… Nicolas Sarkozy ! Il a même été son ministre, notamment à l’origine d’une certaine écotaxe qu’il critique maintenant avec une certaine mauvaise foi.

François Bayrou lui, il a voté pour François Hollande, suivi par une partie du MoDem. Le résultat, c’est que pour les alliances, ça va être la guerre.

Prenons l’exemple de Paris : Marielle de Sarnez, la cheffe de file du Modem, est prête à faire alliance avec NKM, la candidate de l’UMP, mais une grande partie des militants centristes veulent faire une liste autonome au premier tour. Bref, cela ne va pas être simple. Si les centristes peuvent se féliciter de l’union, rien ne dit qu’elle sera toujours aussi solide pour aborder les élections européennes, grand enjeu pour les centristes, qui auront lieu un mois après les municipales. Mais après tout, lorsque l’on se marie, on est prévenu dès le départ : c’est pour le meilleur, mais aussi pour le pire.

Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.