Manuel Valls joue un jeu d’équilibriste. On pourrait même dire un double jeu. C’est « docteur Manuel et mister Valls » !

Une fois encore, Manuel Valls doit convaincre les députés
Une fois encore, Manuel Valls doit convaincre les députés © maxppp

L’expression est du député frondeur Christian Paul.

D’un côté, il y a le Manuel Valls Premier ministre. Loyal et fidèle à François Hollande. Ce Manuel Valls là soutiendra le Président quoi qu’il arrive et jusqu’au bout. Ses proches aiment beaucoup dire ça : « il veut aller au bout du quinquennat », sous-entendu : il n’a aucun projet de quitter le navire avant pour ne pas couler avec. Dans ce rôle-là, il est tellement convaincant qu’à gauche, il arrive à passer pour un « légitimiste ».

Et puis d’un autre côté, il y a Manuel Valls l’ambitieux . Il ne s’en cache pas spécialement : c’est un homme politique qui rêve de l’Elysée depuis très longtemps, et qui a ses idées pour réformer la gauche, la renouveler, la refonder même. Ce Manuel Valls là était très discret depuis son arrivée à Matignon, on ne l’avait pas trop entendu… Mais ça, c’était avant.

Avant cette interview qu’il a accordée à L’Obs la semaine dernière, dans laquelle on a retrouvé Manuel Valls tel qu’en lui-même. Celui qui veut en finir avec « la gauche passéiste », celui qui n’exclut pas de changer le nom du PS. Celui qui veut se rapprocher du centre. Tout cela est très calculé, Manuel Valls n’est pas du genre à improviser.

D’ailleurs, il a tout répété sur BFM. Il a dit qu’il voulait bâtir une maison commune avec les forces progressistes, et au bout de ce processus… on écoute le Premier ministre :

Le problème, c’est que les socialistes ont très peu apprécié.

Un ministre pas franchement rebelle s’est carrément plaint au Premier ministre en lui disant : « je crois que vouloir changer le nom du PS n’est pas le meilleur angle d’attaque. »

Le président de l’Assemblée Claude Bartolone a demandé publiquement : « concentre-toi sur ton travail de Premier ministre. »

Et les élus qui sont rentrés dans leurs circonscriptions ont bien senti que le tacle sur « la gauche passéiste » passait assez moyennement chez les militants. Quant à François Hollande, il a été piqué au vif. Ecoutez ce petit extrait du discours très ironique. Le Président remet à Valls la légion d’honneur le 22 octobre 2014 et lui passe un message :

Valls a acquiescé de la tête avec un petit sourire.

Pourquoi Valls fait-il ça maintenant ?

Le pouvoir est sous pression de toutes parts : de Bruxelles, de sa propre majorité. Et la situation ne s’arrange pas pour le Président. Valls voit bien que sa propre côte de popularité est loin d’être au beau fixe, et il n’a pas forcément envie d’être associé complètement à cet échec.

Ressortir son attirail pour la rénovation de la gauche c’est une manière de rappeler son identité, une identité forte, celle d’un réformiste pragmatique, d’un progressiste, qui veut rompre avec les vieilles méthodes et surtout avec les vieux clivages.

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