On arrive à mi-mandat pour Emmanuel Macron et nous avons le même Premier ministre depuis deux ans et demi... mais pas le même Edouard Philippe.

Le Premier ministre Edouard Philippe
Le Premier ministre Edouard Philippe © AFP / Karine Pierre / Hans Lucas

Vous vous souvenez des Ordonnances Travail, de la réforme de la SNCF, c’était le temps des réformes au pas de charge, il y a un an ou deux. Autant dire un siècle. C’était un Edouard Philippe droit dans ses bottes sur le 80km/h, prêt à reporter la hausse de la taxe carbone mais pas à l’enterrer. C’était avant les gilets jaunes. Mais aujourd’hui, comme le Macron 2, le Philippe 2 est arrivé et "l’heure est à la négociation", dit-il.

Avec pour le Premier ministre, l’impératif de mettre en actes, les idées et les discours du Macron 2… 

Il faut être pragmatique, insiste on à Matignon. Les grands plans de transformation, c’est nécessaire mais ce n’est plus suffisant. Il faut désormais répondre aux urgences en y mettant l’argent qu’il faudra.

On enterre les grandes réformes alors ?

Officiellement non ! 

Pour l’hôpital, le grand plan Buzyn n’est pas abandonnémais en attendant qu’il produise ses effets on va débloquer des crédits pour les services d’urgences. 

Pour les retraites, on prendra son temps avant de mettre en place le fameux régime universel. 

Pour la police aussi, la grande réorganisation des services nécessite d’être patient mais la priorité c’est le paiement de millions d’heures sup' et une meilleure prise en charge des suicides. De l’écoute et des solutions au quotidien c’est la recette du Philippe 2. 

On entend déjà les critiques 

… Et elles sont parfois contradictoires. Pour les syndicats la négociation ne serait qu’un leurre alors que, pour d’autres, elle entraîne un enterrement des réformes à bas bruit. Reporter les réformes et ouvrir les robinets de l’argent public calmera-t-il les tensions sociales ? On le verra notamment le 5 décembre.

Est-ce que le Philippe 2 fait du bien à Edouard Philippe ?

Une chose est sûre c’est qu’en prenant du temps et de l’argent, l’actuel locataire de Matignon prend ses distances avec son mentor Alain Juppé, droit dans ses bottes en 1995. Philippe tue en quelque sorte « le » père ce qui dans la vie et la vie politique est toujours un acte fondateur. 

Seulement voilà, il n’est plus rare aujourd’hui d’avoir deux pères. Le second pour Philippe se trouve à l’Elysée. Mais pour « tuer » celui là, il faudrait comme pour ces réformes de fond qu’on mène rarement à leur fin, du temps, beaucoup de temps… 

L'équipe
  • Jannick AlimiJournaliste politique au Parisien Aujourd'hui en France
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