Par Nathalie Schuck, journaliste politique auParisien/Aujourd'hui en France

Boxe française
Boxe française © radio-france / Unknown

La politique vire parfois au match de catch.

Il ne faudrait pas s'étonner si la société est devenue aussi agressive, aussi violente, si on perd un peu tous parfois le sens le plus élémentaire du respect. Parce que quand on regarde les hommes politiques, qui sont quand même censés donner l'exemple, être l'élite du pays, ça n'est pas franchement glorieux... Ces derniers jours, c'était festival de bourre-pifs, paires de baffes, petits meurtres entre amis, et vas-y que je t'éparpille façon puzzle, que je dynamite, je disperse, je ventile! Michel Audiard aurait adoré...

Par exemple, un ancien ministre et François Fillon se sont quasiment insultés.

C'était juste après le clin d’œil de François Fillon aux électeurs du Front national. Benoist Apparu ne l'a pas digéré, il l'a dit publiquement. Je cite François Fillon, qui le croise à la buvette de l'Assemblée : « Arrête de balancer sur les gens ! » Réponse de Benoist Apparu : « Et toi arrête de dire des conneries ! » Comme dirait Alex Taylor, shocking ! Mais il y a surtout Cécile Duflot et Manuel Valls, qui règlent leurs comptes politiques sur le dos des Roms et demandent au maître d'école, François Hollande, de distribuer des coups de règle. On se croirait un peu parfois dans une cour de récré. D'ailleurs, tout ça m'a fait penser à une petite phrase que Nicolas Sarkozy avait dite un jour en off à quelques journalistes, c'était après le fameux « casse-toi, pauvre con » en 2008 : « Moi je m'appelle Sarkozy, et dans la cour de l'école, y'en a pas beaucoup qui m'ont fait baisser le nez ». Fin de citation. Elle est véridique. Mais tout ça, vous me direz, c'est de la petite bière par rapport aux deux papys flingueurs de l'UMP, les sénateurs Eric Doligé et Jean-Claude Gaudin.

Le sénateur Doligé aux journées parlementaires de l'UMP :

Et Jean-Claude Gaudin ajoute après, avec l'accent : « Et moi je peux fournir les kalachnikovs ». Quand on est le maire de Marseille, où ça canarde à tout va, honnêtement on ferait mieux d'éviter. Surtout que c'était quand même au moment où on découvrait des scènes d'horreur en live dans un supermarché en Afrique au Kenya... Je vous livre un dernier exemple, édifiant. L'Express nous raconte comment le maire d'extrême droite d'Orange, Jacques Bompard, a fait expulser par la police en plein conseil municipal une opposante un peu trop remuante. Explication tout en nuance de Jacques Bompard : « Vous vouliez que je fasse quoi ? Que je sorte mon Colt 45 pour lui mettre une balle dans la tête? »

  • Comment on en est arrivés là ?

Sans doute parce que les maîtres d'école ne sifflent pas la fin de la récréation. Quand on est le patron de l'UMP, comme Jean-François Copé, et qu'on n'oblige pas les « Tontons flingueurs » Doligé et Gaudin à présenter des excuses aux ministres qu'ils veulent cribler de balles, ça revient à encourager ce genre de dérive. Et quand François Hollande menace les ministres qui font des couacs de les mettre à la porte, mais qu'il ne le fait jamais quand il s'agit de poids lourds comme Manuel Valls ou Arnaud Montebourg, alors il prend le risque que la foire d'empoignes continue. Bref, moi je vous le dis, je vais finir par demander une prime de risques et par investir dans un casque. Parce que journaliste politique, ça devient vraiment dangereux...

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