Par Nathalie Schuck

Le mouvement social contre la loi Travail pourrait faire une victime collatérale : Alain Juppé.

Je crois qu'il est temps de lancer une alerte enlèvement. On a perdu Alain Juppé ! Pendant les grèves, le maire de Bordeaux s'est mis au service minimum. Alors que toute la droite cartonne la CGT, lui se fait plutôt rare.

Ah si, j'ai retrouvé des déclarations de Juppé sur les blocages : « Il faut que ça s'arrête ». On le comprend, parce que plus le conflit s'enlise, plus il réveille le souvenir des grandes grèves de 1995 quand il avait dû retirer sa réforme de la retraite et de la Sécu. 1995, c'est son sparadrap à lui, impossible de s'en défaire ! A chaque fois que Manuel Valls répète qu'il ne cédera pas, on nous ressort le Juppé « droit dans ses bottes » de 1995. Je peux vous dire que les sarkozystes se régalent. Savez-vous comment ils surnomment Juppé ? « Le planqué » ! Un fidèle de l'ancien président me disait : « Pour Juppé, cette crise est un miroir, un piège épouvantable. Les gens vont lui dire : vous voulez réformer, mais vous ne l'avez pas fait ! »

Alain Juppé lors d'une séance de la CUB
Alain Juppé lors d'une séance de la CUB © UGO AMEZ/SIPA

Les juppéistes répondent que c'est Chirac qui avait trahi ses promesses de 1995 sur la « fracture sociale », et ça ne plaît pas du tout aux chiraquiens, qui ne trouvent pas très élégant de rejeter la faute sur le vieux patriarche. Nicolas Sarkozy l'a bien compris. Demain, il s'affichera avec le patron des maires de France François Baroin, qui le soutient et est un peu le fils spirituel de Jacques Chirac. Or, Baroin en veut à mort à Juppé. On se souvient tous des fameuses « Jupettes » virées en 1995, mais on a oublié le « Jupon » qui était avec elles dans la charrette. Ce « Jupon », c'était Baroin, et il n'a pas pardonné cette humiliation.

Alors c'est vrai, Alain Juppé n'est pas tout à fait perdu car il accueille François Hollande ce matin à Bordeaux.

Et d'après mes infos, le président se dit que Juppé ne va peut-être pas gagner la primaire à droite et que son adversaire sera encore Sarkozy. Il voit bien que Juppé perd des plumes dans les sondages et que les électeurs de gauche comprennent petit à petit que Valls et Macron, à côté de lui, c'est de l'eau tiède. Et ça le tracasse, François Hollande. Comme me disait une source dans la majorité : « Il pense que Sarkozy était un mauvais président, mais un excellent candidat ». Bref, il se dit que la présidentielle ne va pas être un duel de gentlemen avec Juppé, mais un combat de rue avec Sarkozy.

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