La campagne présidentielle se fait plus que jamais hors des partis. On ne le souligne pas assez, mais cette campagne présidentielle est en train de sortir des clous.

Ce qui change, c’est l’arrivée de Zemmour
Ce qui change, c’est l’arrivée de Zemmour © Maxppp / Alexis Sciard

Hier soir, un débat ou en tout cas une discussion mettait aux prises un philosophe et un éditorialiste radicalisé… 

Michel Onfray et Eric Zemmour devant 3 500 personnes, à guichets fermés au palais des Congrès de Paris. La place se vendait jusqu’à 44 euros ! 

Deux semaines plus tôt, près de quatre millions de personnes regardaient le même essayiste débattre cette fois-ci avec un candidat à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon… Une joute politique d’un nouveau genre.

Ce qui change, c’est l’arrivée de Zemmour 

Mais pas seulement. Nicolas Sarkozy l’a décrit très justement : Eric Zemmour est le symptôme du vide. 

L’ancien président va même plus loin en reprenant sa vieille critique contre « la pression d’une pensée unique » qui a, selon lui, anéanti le débat politique. 

Mais cette situation, on la doit surtout à l’interminable agonie des anciens partis de gouvernement. Ceux-ci ont depuis longtemps perdu leur raison d’être en déléguant la fabrique des idées à des think tank ou en ne choisissant plus leurs candidats eux-mêmes et en préférant passer par des primaires. 

Le PS comme les Républicains ont bien tenté de sortir de cette spirale infernale, mais c’était déjà trop tard. Dans l’esprit des électeurs, ils ressemblent de plus en plus à des astres morts capables d’assurer une gestion quotidienne dans les exécutifs locaux mais pas de présenter une vision d’avenir.  

Et qu’en est-il du RN ou de la République en marche ?

Ni l’un ni l’autre ne sont de véritables partis structurés autour d’une idéologie claire. Le Rassemblement national avait pour unique objectif de dédiaboliser et de faire élire Marine Le Pen. En marche, devenu La République en marche a simplement servi à propulser Emmanuel Macron vers l’Elysée. Ces deux partis n’ont aucune autonomie vis-à-vis du chef et c’est la même chose à la France insoumise.

Quel est le risque ? A-t-on vraiment besoin des partis ?

Le risque est le même que celui de l’effacement des corps intermédiaires : plus de tuyaux pour canaliser la colère, plus de lieu où s’affronter selon des règles préétablies. Quand Chirac, Pasqua et Séguin s’opposaient sur Maastricht, c’était au sein du même parti. Chez les socialistes, les courants permettaient d’organiser les disputes.  

Là, on entre en terra incognita, dans une élection irriguée par la tentation abstentionniste. Avec comme tête de gondole pour l’instant, un presque candidat qui prospère, en position de hors-jeu. 

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