François Bayrou et Richard Ferrand sont de moins en moins écoutés par le président de la République.

Ils sont même en passe de devenir les deux Cassandre du quinquennat. 

Depuis la démission de Gérard Collomb et le départ de Jacques Mézard pour le Conseil Constitutionnel, le maire de Pau et le président de l’Assemblée nationale, incarnent à eux deux une espèce rare en macronie : des élus d’expérience, ancrés territorialement et qui ont l’oreille du président. Ou du moins l’avaient. Car Emmanuel Macron tient de moins en moins compte de leur avis. 

A quoi voyez-vous ça ? 

D’abord, il faut se souvenir que le Béarnais et l’élu finistérien avaient milité pour un report des élections régionales au mois d’octobre, ils n’ont pas eu gain de cause.

Dimanche soir, François Bayrou a donc tiré au canon, sans sommation. Pour lui, les résultats désastreux du scrutin sont un coup de semonce pour la démocratie, et en même temps, pour la majorité. 

Il a même recommandé à l’exécutif, donc à Emmanuel Macron, de « ne pas passer par-dessus l’élection et recommencer comme c’était avant ». 

Le président explique pourtant l’inverse dans une interview au magazine Elle publiée hier. Selon lui, il ne faut pas tirer d’enseignements nationaux de ces élections locales ! 

On sent aussi un reproche sous-jacent dans la bouche du maire de Pau. L’alliance Bayrou-Macron de février 2017 reposait sur un pilier : une rénovation démocratique qui n’est pas arrivée. 

Le président du Modem attend toujours la dose de proportionnelle qui lui avait été promise pour les législatives. 

Et cet admirateur d’Henri IV a un nouveau cheval de bataille depuis la pandémie, le vote par correspondance. 

Mais le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin ne veut pas en entendre parler. 

Le Président n’écoute pas Richard Ferrand non plus ? 

Non et celui-ci s’en est désolé auprès de ses amis ce printemps. Nouvelle preuve de cet éloignement, la question des retraites. 

Le président de l’Assemblée nationale a fait savoir depuis de longs mois qu’il ne fallait pas toucher tout de suite à ce sujet brûlant et que cette réforme serait à ses yeux idéale pour le début d’un éventuel deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron. L’Elysée fait la sourde oreille. 

Ferrand ne désarme pas pour autant et tente cette semaine de reprendre la main sur un tout autre sujet, l’abstention : il consulte à tout va, veut établir une liste d’initiatives pour la réduire. 

Interrogé hier à ce sujet par Xavier Bertrand, Emmanuel Macron a répliqué qu’il fallait effectivement tirer les conséquences d’une participation si faible. 

Sans avancer aucune piste. 

De quoi désespérer encore un peu plus son grognard du perchoir. 

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