Vous ne trouvez pas qu’il flotte en ce moment comme un petit air d’années 1960 ? Allumez la télévision et vous aurez l’impression de tourner en rond sur des thèmes d’actualité directement sortis du congélateur des années 1960.

Comme un air d'années 1960. Ici la rue Mouffetard à Paris en 1961
Comme un air d'années 1960. Ici la rue Mouffetard à Paris en 1961 © Getty / Gunter Reitz/Pix/Michael Ochs Archive

On parle encore et toujours d’énergie nucléaire, de réseau autoroutier national, de construction de pavillons individuels, de classes moyennes, de société du “tout automobile”, de conquête spatiale. On refait le match des pétainistes contre les gaullistes, on se déchire sur l’avenir de l’Europe et on s’écharpe sur le colonialisme et la guerre d’Algérie… En fait, nous ne vivons que maintenant les dernières convulsions des années 1960.

Cela signifie que, trop occupés à solder l’héritage du passé, nous sommes incapables de nous tourner vers le futur

Nous voici englués dans nos regrets et nos peurs, incapables de dire adieu à ce monde né au cœur des progrès de la reconstruction. C’est ce que le chroniqueur du New York Times, Ross Douthat, désigne sous le terme de “décadence” dans son livre La société décadente : Pourquoi nous sommes les victimes de notre succès” paru en l'année dernière. Il y explique que cette décadence est “un état de stagnation, de répétition et de frustration dans une société arrivée à un stade élevé de développement”. 

Il avance l’idée que les mécontentements d'aujourd'hui sont le reflet d’un sentiment de futilité et de déception dans un monde vieillissant et confortable, un monde coupé du passé et n'ayant plus confiance en l'avenir, méprisant la mémoire comme l'ambition, n’espérant plus que des innovations ou des révélations… 

N’est-ce pas une vision décliniste du monde ?

C’est plutôt la vision d’un pays qui s’ennuie… Encore une idée venue tout droit des années 1960, que l’un des fondateurs du Monde Pierre Viansson-Ponté décrivait en mars 1968 de la manière suivante :

Dans une petite France presque réduite à l'Hexagone, qui n'est pas vraiment malheureuse, ni vraiment prospère, en paix avec tout le monde, sans grande prise sur les événements mondiaux, l'ardeur et l'imagination sont aussi nécessaires que le bien-être et l'expansion. Ce n'est certes pas facile, et à la limite, cela s'est vu, un pays peut aussi périr d'ennui. 

Deux mois plus tard, le pays s’embrasait. Car le problème avec la nostalgie, c’est qu’elle finit toujours par conduire à la radicalité… ou comme aurait dit Pierre Desproges

La nostalgie, c'est comme les coups de soleil : ça fait pas mal pendant, ça fait mal le soir.  

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