Les jeunes bi sont-ils réellement de plus en plus nombreux ?

Arc-en-ciel aquarelle en forme de cœur.
Arc-en-ciel aquarelle en forme de cœur. © Getty / Filo/Collection: DigitalVision Vectors

Vous l’avez sûrement remarqué, depuis quelque temps, plus un semestre ne se passe sans qu’une star - souvent féminine et hollywoodienne - affirme haut et fort sa bisexualité, son irrésistible attirance pour les deux genres… successivement ou simultanément. Angelina Jolie, Lady Gaga, Megan Fox, Kristen Stewart, Lily-Rose Depp… Et toutes insistent : le masculin, le féminin, peu importe, pourvu qu’elles aient l’ivresse ! Au point que sur les réseaux sociaux, autant que dans nos conversations quotidiennes, ces coming out à répétition interrogent : dans le fond, « Tous bi… or not tous bi ? »

Les jeunes bi sont-ils réellement de plus en plus nombreux ?

Il semble que, sur le plan de la reconnaissance publique, les « sans étiquettes » soient de mieux en mieux tolérés. Une forme de liberté qui jouit, c’est vrai, d’une plus large représentativité médiatique. Pour preuve, nos récents hommages appuyés au génie musical de David Bowie, mais aussi à son art de manier l’« ambiguïté ». Progressivement, une certaine tolérance s’est donc imposée.

Mais au delà de cette nouvelle « visibilité », qu’en est-il de la proportion d’individus véritablement concernés ? Les jeunes Français sont-ils moins « définitivement hétéros », ou moins « résolument homos », que nous l’étions à leur âge ? En fait, pas si sûr… Selon une enquête de l’IFOP, la proportion des 15-24 ans se déclarant hétérosexuels est ainsi de presque 90 %. Quant aux homosexuels, ils seraient 3 % . Et les bisexuels ? À peu près 10 %, soit le même taux qu’il y a 25 ans et que l’on repère dans tous les pays occidentaux, y compris ceux qui ont une communauté bi plus ancienne et plus active.

Le récent « sursaut bi » ne serait-il donc qu’un mirage, une illusion d’optique ?

Le psychiatre et psychanalyste Jean-Jacques Tyszler* en est tout à fait persuadé. Il n’y a, côté bi, aucun phénomène de société. Selon lui, en dépit des trous d’air liés aux modifications des rôles et des identités sexuels, impossible de dire, en effet, que les jeunes s’interrogent davantage à ce sujet.

Comme leur aînés, beaucoup évoquent, bien sûr, des fantasmes, des doutes et parfois même des expériences. Et rien d’étonnant à cela : c’est qu’à l’heure de confirmer leur choix d’orientation sexuelle, tous doivent faire face à des modifications qui affectent leur corps et réinterrogent leur psyché : comment composer avec cette « bisexualité psychique » dont Freud disait qu’elle était « innée » ? Mais depuis toujours, filles et garçons se posent les mêmes questions. Et chacun doit inventer sa réponse en fonction de sa propre construction psycho-affective.

Contrairement au fantasme collectif, la « formule bi » ne séduit pas plus que cela

Il convient également de préciser que les « bi-romantiques », comme on les appelle parfois, ne sont pas non plus devenus plus prosélytes, même s’ils font souvent le buzz sur Internet. Faire de leur orientation la “ nouvelle norme sexuelle ” ? Mais pourquoi y tiendraient-ils ? Transgresser, c’est quand même bien meilleur non ?

*Jean-Jacques Tyszler est psychiatre, psychanalyste et ex président de l’Association Lacanienne Internationale (ALI). Il est aussi l’auteur de « À la rencontre de… Sigmund Freud », éd. Oxus (2013).

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