Jane Evrard, la 1ère femme chef d’orchestre en France, fonda et dirigea l’Orchestre Féminin de Paris, à partir de 1930, et il y eut Emma Roberto Steiner...

Jane Evrard, la première Femme Chef d'Orchestre en France. Paris, vers 1930
Jane Evrard, la première Femme Chef d'Orchestre en France. Paris, vers 1930 © Getty

Après des décennies de réticences et d’oppositions, les femmes sont très peu mais un peu plus nombreuses à pouvoir devenir cheffes d’orchestre…

Citons-en quelques-unes à la réputation internationale telles, Susanna Mällki, Alondra de la Parra, Speranza Scapucci, Mirga Grazinyte Tyla… Et prenons note que  dans les concours internationaux, la proportion de cheffes-femmes primées augmente. 

Toutefois cette discipline reste l’une des moins féminisée du monde musical. Dans un remarquable dossier publié dans l’excellente revue Diapason, Christian Merlin et Vincent Agregh notaient que sur 744 orchestres recensés dans le monde, 32 avaient à leur tête une directrice musicale, soit 4,3 % ... 

Comme dans bien d’autres domaines déjà évoqués ici, des musiciennes tentèrent à leur façon, de briser l’anathème de leur supposée incapacité à exceller, là où tant d’hommes pensaient pouvoir être les seuls à briller, comme récemment encore le chef finlandais Jorma Panula qui a déclaré : « Etre chef et femme est une contradiction biologique »

En France, Jane Evrard, la 1ère femme chef d’orchestre en France, et violoniste virtuose, fonda et dirigea l’Orchestre Féminin de Paris, à partir de 1930. Elle fit entendre notamment des œuvres écrites pour elle par Arthur Honegger, Maurice Ravel, Albert Roussel.

Bien sûr, il faut citer Nadia Boulanger, dont on a reparlé récemment car elle fut la professeure de Michel Legrand, et la première à diriger le London Philarmonic en 1936. Un jour je vous parlerai de sa sœur Lili.

Hors de France il y eut Ethel Leginska, qui dirigea le Philarmonic de Berlin… En Allemagne encore, citons Alma Rosé, la nièce de Malher, qui, en 1932,  fonda un orchestre féminin. Arrêtée en France en 1942 où elle avait fui le nazisme, elle fut déportée à Auschwitz, où ironie cruelle du destin, elle dirigea l’orchestre féminin du camp où elle trouva la mort. 

Mais ces femmes ne furent pas tout à fait les premières cheffes d'orchestre de l'histoire. Aux Etats Unis, en 1888, Caroline Nichols fonda le Boston Lady Fadette Orchestra… et il y eut surtout Emma Roberto Steiner.

Née en 1856 à Baltimore, d’une mère pianiste et d’un père héros de la guerre contre le Mexique, Emma est une pianiste aussi précoce que virtuose. A 7 ans, elle compose des chansons et écrit son premier opéra à 11 ans. A 21 ans, elle quitte sa famille pour assister le chef d’orchestre d’une compagnie d’opéra, puis devient la chef d’orchestre d’une autre compagnie qui joue notamment des opérettes de Gilbert et Sullivan (les Offenbach anglais).  En 1889, son opéra Fleurette rencontre un vif succès et elle dirige ensuite ses propres œuvres à New York. 

Mais en 1902, une série de catastrophes s’abattent sur elle. Dans un incendie, beaucoup de ses partitions sont détruites dont la seule copie restante de son premier opéra. Elle manque ensuite de perdre la vue à la suite d’une affection occulaire, et comme si cette scoumoune ne suffisait pas, après la mort de sa mère, elle intente un pénible procès à son père qui veut la déshériter au profit de sa belle-fille. 

Démoralisée, Emma laisse alors tomber sa carrière  pour devenir chercheuse d’or et d’étain en Alaska, et rejoint la ville de Nome vers laquelle convergent des milliers d’aventuriers, de pionniers, dont elle est une des rares femmes à partager la vie très rude. Dix ans plus tard, de retour à New York, Emma Roberto Steiner donne des conférences sur l’Alaska et reprend ses activités musicales, la composition et la direction d’orchestre, notamment, au Metropolitan Opera (il faudra attendre 1976 pour qu’une femme y dirige à nouveau un orchestre !) 

Son ultime oeuvre sera caritative : la création d’une maison de retraite pour musiciens âgés ou handicapés, maison qu’elle finance avec les recettes de ses concerts. Au cours de sa carrière Emma aura dirigé des orchestres plus de 6000 fois. Elle meurt en laissant à la postérité des centaines d’œuvres dont sept opéras.  Total respect !

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