Dans les années 50 à Brooklyn, "Rusty" Kanokogi maquillait son apparence pour pouvoir affronter -et parfois battre- des garçons dans des tournois. A l'époque, les femmes ne pouvaient pas pratiquer ce sport... Elle fut nommée ‘’La Mère des femmes du Judo’’ pour son rôle dans le développement du judo féminin.

"Rusty" Kanokogi, "la mère des femmes du judo" aux JO Séoul 1988
"Rusty" Kanokogi, "la mère des femmes du judo" aux JO Séoul 1988 © Getty / David Finch

Rena Kanokogi, née Glickman,nait à Brooklyn en 1935. Elevée à la va comme je te pousse au sein d’une famille instable, elle doit très jeune gagner un peu d’argent en exerçant de petits boulots, et plus tard elle prend la tête d’un gang d’ados délinquants Les Apaches. Pour s’imposer, Rena se muscle en soulevant les haltères de son frère et en tapant dans un punching-ball. 

Elle se marie une première fois et donne naissance à un garçon. En 1955, un ami judoka lui enseigne quelques prises, et, très vite, Rena s’enthousiasme pour cet art martial dont elle dira plus tard que la pratique l’apaisait en l’aidant à se contrôler. 

Combattante pugnace, elle est alors surnommée Rusty du nom d’un chien au tempérament particulièrement accrocheur !  Inscrite dans un club de Brooklyn, ses progrès sont rapides, mais on lui refuse de participer à des compétitions, interdites aux femmes. 

En 1959, des garçons de son club sont sélectionnés pour le championnat YMCA de New York. Rena Kanokogi intègre l’équipe en se déguisant en homme ! Elle se coupe les cheveux très courts, et se bande les seins. Remplaçante, elle va quand même monter sur le tatami à la faveur de la blessure d’un camarade et elle remporte le combat contre un adversaire masculin pourtant coriace. Cela permet à son équipe de remporter le championnat, mais les juges ne sont pas dupes… Plus tard Rena racontera : 

L’organisateur du tournoi m’a regardé et m’a demandé si j’étais une fille. J’ai eu envie de lui rétorquer : ‘’Et vous, vous êtes une vache ?

Obligée de  déclarer forfait, pour que son équipe ne soit pas éliminée,  Rena doit renoncer à sa médaille d’or.                                                                                      

En 1962, faute de perspectives pour elle aux USA, elle part pour le japon, à Tokyo, au mythique Kodokan, vaste complexe sportif, centre international de judo. Depuis 1926, les femmes y sont admises, mais dans des groupes non mixtes. 

Après avoir vaincu toutes ses adversaires femmes, Rena est la première femme autorisée à s’entraîner dans un dojo réservé aux hommes.  Elle y rencontre celui qui deviendra deux ans plus tard son deuxième mari : Ryohei Kanokogi, ceinture noire de judo 5ème dan et karatéka de très haut niveau.

De retour aux USA, Rena va mener un combat tout aussi tenace que ceux qu’elle a mené sur les tatamis : celui pour l’égalité des sexes dans l’accès aux sports et aussi dans l’accès aux compétitions sportives, à commencer, bien sûr, par le judo.

En 1980, au Madison Square Garden's, Rena Kanokogi organise les premiers championnats du monde féminin de judo qu’elle finance en hypothéquant sa maison. Elle devient entraineur de l’équipe nationale féminine des Etats Unis, et elle coachera notamment de grandes judokas, telles Maureen Braziel et Margaret Castro. 

En 1988, aux J.O. de  Séoul, ses efforts sont couronnés de succès : pour la première fois, le judo féminin est admis comme discipline olympique (Rena avait été jusqu’à menacer le Comité Olympique d’un procès), et elle est l’entraîneur de l’équipe féminine des Etats-Unis. Elle lance ensuite un fonds pour permettre à des athlètes femmes d’accéder à la compétition de haut niveau.
Rena est la première femme à devenir ceinture noire 7ème dan ! De quoi faire d’elle une commentatrice compétente pour la chaine NBC aux JO d’Athènes en 2004.

En 2008, l’empereur du Japon la décore de l’Ordre du Soleil Levant, la plus haute distinction japonaise, et elle est nommée Mère des femmes du judo. La même année, un demi-siècle après avoir été dépouillée de sa médaille d’or du YMCA, pour avoir combattu déguisé en homme, Rena Kanokogi se voit attribuer une médaille d’or par le YMCA de l'État de New York pour rendre hommage au travail de sa vie.

Après un ultime combat mené cette fois contre la leucémie - qu’elle ne remporte pas hélas - Rena meurt en 2009.

Total Respect pour Rusty Kanokogi !

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