Anna Marly composa le "Chant des Partisans" et "La Complainte du Partisan" puis s’en est allée loin des chemins du succès, quittant la France en 1947 pour n’y revenir que rarement. C’était un oiseau sur la branche. Elle aimait marcher dans le vent, son inséparable guitare sur l’épaule...

Anna Marly, auteure de la musique du "Chant des Partisans", hymne de la Résistance
Anna Marly, auteure de la musique du "Chant des Partisans", hymne de la Résistance © AFP

Anna Betulinsky naît en 1917 à Saint-Pétersbourg pendant la Révolution russe au cours de laquelle son père est fusillé. Au début des années 20, contrainte à l’exil, la mère d’Anna rejoint la France en emmenant ses deux filles et leur gouvernante. Celle-ci fait cadeau à Anna d’une guitare dont la jeune fille ne se séparera jamais.. En 1934, Anna intègre les Nouveaux Ballets de Monte Carlo, héritiers des légendaires Ballets Russes. De retour à Paris, elle est admise au conservatoire où elle travaille assidûment le chant. 

Un an plus tard, en 1934, elle s’essaye à la chanson en s’accompagnant à la guitare, celle offerte par sa nounou, et elle se fait appeler "Anna Marly", patronyme pioché dans l'annuaire téléphonique de la Seine et Oise ! Elle se produit dans des cabarets parisiens dont le Shéhérazade, puis en Belgique et en Hollande où elle épouse un baron richissime. A dix-sept ans, elle est la benjamine de la SACEM.

Arrive la seconde guerre ; Anna connaît un nouvel exil, qui, via l'Espagne et le Portugal, va la mener, elle et son mari, à Londres, où en 1941, engagée volontaires au Q G des Forces Françaises Libres de Carlton Garden, elle est affectée à la cantine. A sa façon, Anna Marly contribua donc à la Libération de la France... non seulement en servant les repas du Général de Gaulle et de son état major, mais aussi et surtout... en composant, toujours sur sa guitare qu’elle avait emportée avec elle, la musique du Chant des Partisans ! Oui, la musique du Chant des Partisans fut composée à la fin de l’année 1942, par une jeune émigrée russe de 25 ans ! 

Anna Marly a raconté ce qui l’inspira. Un jour, alors qu’elle est en train de lire dans un journal anglais le récit de la bataille de Smolensk qui a marqué l’arrêt de l’offensive allemande sur le front de l’Est, elle songe avec une grande émotion à sa terre natale, la Russie éternelle, et lui revient en mémoire le mot "partisans".

Bouleversée, je prends ma guitare, je joue une mélodie rythmée, et sortent tout droit de mon coeur ces vers en russe : Nous irons là-bas où le corbeau ne vole pas, Et la bête ne peut se frayer un passage. Aucune force ni personne, ne nous fera reculer.             

Alors qu’Anna Marly chante pour quelques amis ce qui s’intitulera d’abord "La Marche des Partisans", Joseph Kessel, l’entend et s’exclame : "Voilà ce qu'il faut pour la France !" 

Avec son neveu Maurice Druon, il écrit alors des paroles en français. Choisi comme générique de l’émission Honneur et Patrie qui est diffusée sur la BBC, ce Chant des Partisans devient rapidement l’hymne de la Résistance, appel à la lutte fraternelle pour la liberté, tant en France que dans l’Europe soumise à la barbarie nazie. Sifflé, il devint aussi un signe de reconnaissance dans les maquis.  Anna Marly s’enrôle dans le théâtre aux armées et chante au micro de la BBC, dans l’émission "Les Français parlent aux Français" où elle rencontre notamment le génialissime Pierre Dac. 

On lui doit aussi la musique de La Complainte du partisan, qui sera reprise en anglais par Leonard Cohen et Joan Baez. En 1945, de retour en France,  Anna Marly est une vedette, et compose plus de 300 chansons, notamment pour Edith Piaf.  Toutefois, elle part pour l’Amérique du sud où elle devient l'ambassadrice de la chanson française. Le 17 juin 2000, elle interprète Le Chant des partisans au Panthéon avec les chœurs de l'Armée française, à la veille du 60e anniversaire de l’appel du 18 Juin du général de Gaulle.   

Le  15 décembre 2006 à Palmer, en Alaska, s’éteint celle qui fut surnommée le Troubadour de la Résistance, et dont le Général de Gaulle, écrivit qu’elle fit de son talent une arme pour la France".           Total respect ! 

Anna Marly, a écrit ses mémoires, et c’est passionnant : "Anna Marly, Troubadour de la Résistance" Editions Tallandier - Historia. 

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