Helen Jackson, écrivaine américaine connue pour son roman "Ramona", consacré aux mauvais traitements infligés aux Amérindiens dans le Sud de la Californie, est nommée Commissaire aux affaires indiennes de Californie...

Helen Hunt Jackson, l'auteur de "Ramona"
Helen Hunt Jackson, l'auteur de "Ramona" © Getty / GettyImages

L’histoire d’Helen Hunt Jackson, l'une des avocates les plus ardentes des droits des Amérindiens, est indissociable de l’histoire de l’émancipation des femmes aux Etats Unis.

Ainsi, Helen Hunt Jackson, est contemporaine, entre autres, de Abigail Scott Duniway, surnommée la mère du suffrage des femmes. Citons aussi Emeline Wells, journaliste, poète et suffragiste.

Je pense également à Lucy Parsons, ancienne esclave qui se proclame anarchiste, fonde le journal Freedom, qui dénonce le lynchage des afro-américains, et défend la cause des femmes comme celle des minorités ethniques.

Comme l’écrit Gregory Monro, dans Pionnières, Héroïnes du Far West, publié chez Arthaud : "Enhardies par ces victoires, les femmes américaines sortiront peu à peu de leur réserve pour prendre la défense d’autres causes, notamment les plus taboues".

"Il était une femme : Helen Hunt Jackson" 

Fille de pasteur, elle nait en 1830 dans le Massachussetts et devient écrivain dans des conditions difficiles, puisqu’elle perd successivement ses deux jeunes enfants et son premier mari. Néanmoins, ses premiers romans rencontrent le succès. 

A Boston, en 1879, alors qu'elle est venue écouter une conférence du chef Ponca Standing Bear, chef de la tribu des Poncas, elle est bouleversée par les propos poignants de cet homme qui décrit le sort inique et les atrocités subies par les siens, spoliés et décimés, après leur expulsion de leur réserve du Nebraska

Dès lors, Helen n’aura de cesse de dénoncer les traitements inhumains infligés aux tribus indiennes dans tous les Etats Unis. Se fondant sur des enquêtes accablantes pour les autorités américaines, à commencer par les agents corrompus du bureau des Affaires Indiennes, elle fait circuler des pétitions, collecte des fonds, et alerte l’opinion en envoyant des lettres à la presse.

En 1881, elle publie _Un siècle de déshonneur_, premier livre dénonçant la dépossession des Indiens de leurs terres et de leur liberté. Un exemplaire est adressé à chaque membre du Congrès. Sur la couverture, une citation de Benjamin Franklin, en rouge vif : "Regardez vos mains. Elles sont tachées du sang de vos cousins".

En Californie du sud, Helen découvre le sort honteux fait aux indiens. Supposées protéger les tribus, les "missions" au nombre de 15 000 en 1852 ne sont plus que 400 en 1882, année où Helen Hunt est nommée Commissaire aux affaires indiennes de Californie. 

A ce poste, elle lance une politique de rachat des terres et lutte contre les injustices faites aux indiens. Une proposition de loi concrétisant ses recommandations est adoptée par le Sénat des États-Unis mais est repoussée par la Chambre des représentants.

En 1884, s’inspirant de La case de l’Oncle Tom de son amie Harriet  Stowe, elle publie Ramona. Ce roman relate le combat d’une jeune métisse et de son mari indien, pour la défense de leur terre et de leur culture. Ce livre est un best seller et sensibilise un vaste public à la cause des Indiens. Helen dit alors :

Si je peux faire pour les indiens le centième de ce que Mrs. Stowe a fait pour les noirs, je serai satisfaite. 

De retour en Californie, alors qu’elle songe à une version de ce livre pour les enfants, Helen meurt le 12 août 1885 des suites d’un cancer. Ramona a connu au moins trois cents rééditions et a été adapté de nombreuses fois au théâtre et à l’écran. 

Le dernier texte écrit par Helen Hunt Jackson est une lettre qu’elle adresse au Président des Etats-Unis, StephenGrover Cleveland :

De mon lit de mort, je vous envoie un message de remerciements sincères pour ce que vous avez déjà fait pour les Indiens. Je vous demande de lire mon livre Un siècle de déshonneur. Je meurs plus heureuse, car je suis sûre que vos mains sont destinées à porter le premier coup sérieux au fardeau infamant de notre pays, et à écrire les torts faits au peuple indien.

Helen Jackson avait déclaré à un de ses amis : 

Mon "Siècle de déshonneur" et "Ramona" sont les seules choses que je suis heureuse d'avoir faites. Ils vivront et porteront des fruits. 

Total respect pour Helen Hunt Jackson !

Un siècle de déshonneur de Helen Hunt Jackson (Editions 10/18)

_Ramona_de Helen Hunt Jackson (Editions Little, Brown and Company / Hachette / Marabout)

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