Plus de 40 ans avant que les femmes n’aient le droit de glisser un bulletin dans l’urne, elle a été un fervent soutien de « l’amour libre », et a pavé la route aux activistes pour l’obtention du droit de vote, et plus largement pour les droits des femmes.

Victoria Woodhull, femme politique féministe américaine.
Victoria Woodhull, femme politique féministe américaine. © Getty / GettyImages

En 1838, Victoria Claflin nait dans l’Ohio, d’un père escroc minable et d’une servante, qui s’adonne aussi à la voyance. À quinze ans, Victoria est mariée à Canning Woodhull, un médecin alcoolique, qui a deux fois son âge, et qui la trompe allègrement avec de nombreuses maîtresses. Bientôt, Victoria qui a mis au monde un enfant handicapé mental, doit subvenir aux besoins de sa famille en se produisant comme actrice dans les théâtres de San Francisco. À 19 ans, mue par une vision (dira-t-elle) qui lui demande de rejoindre sa petite sœur Tennessee qui est médium, la voici à Indianapolis où les deux jeunes femmes pratiquent ensemble le spiritisme comme leur mère, mais de façon rentable. 

Dans le même temps, Victoria se montre réceptive aux idées des premières féministes et abolitionnistes américaines comme Ernestine Louise Rose et Lucretia Mot, à l’origine de la « Convention des droits de la femme ». 

Elle donne alors des conférences où, tout en se présentant comme médium, elle défend les revendications féministes. À Saint-Louis, elle fait la rencontre d’un colonel vétéran de la guerre de Sécession. C’est le coup de foudre et les deux amants choisissent de quitter leurs conjoints respectifs. Faisant fi du mépris où sont tenues les femmes divorcées, Victoria dénonce l’hypocrisie qui laisse un homme avoir des maîtresses tandis qu’une femme, même maltraitée, doit rester soumise à son époux.

À New York, elle fait la connaissance d’un richissime homme d’affaire, Cornelius Vanderbilt. Féru de spiritisme depuis la mort de son fils, il aide les deux sœurs à devenir les premières femmes agents de change à Wall Street. Une réussite sociale et pécuniaire qui ouvre à Victoria les colonnes du New York Tribune, puis du New York Herald où en 1870, elle annonce son intention de se présenter à l'élection présidentielle de 1872. Cela bien que les femmes américaines n’aient pas le droit de vote, et bien qu’elle n’ait pas l’âge minimum fixé à 35 ans (elle en a 34) pour pouvoir être élu président(e), et donc pour pouvoir être candidat(e). Au cours de ses meetings qui réunissent des milliers de personnes, Victoria Woodhull réclame l’égalité dans tous les domaines entre les hommes et les femmes, entre les noirs et les blancs. Elle ose aussi revendiquer le droit à l’amour libre. Mais le jour de l’élection, elle est arrêtée pour propos obscènes. 

En fait, dans son journal, elle avait dénoncé les relations adultérines d’un pasteur virulent pourfendeur de l’amour libre qui, selon ce faux-cul, met en danger la famille traditionnelle et la religion ! Lors du dépouillement, les bulletins en faveur de Victoria Woodhull ne sont pas décomptés et le score obtenu par la première candidate à l’élection présidentielle américaine reste inconnu à jamais.

Profondément meurtrie par son arrestation, écœurée, elle décide alors de quitter les États-Unis pour l'Angleterre. C'est à cette époque qu'elle rencontre Benjamin Tucker, jeune anarchiste dont elle s'éprend. Elle divorce de Blood, mais sa nouvelle passion est brève. En Angleterre, précédée par sa notoriété, Victoria donna avec succès de nouvelles conférences. Lors de l'une d'entre elles, elle rencontra John Biddulph Martin, un des banquiers les plus riches d'Angleterre. Elle l'épousa et devint la châtelaine de Manor House, dans le comté de Norton du Worcestershire.

Elle se convertit au catholicisme et développa des œuvres sociales sur son domaine. Elle demeurait féministe mais usa de propos plus enclin vers la chasteté et le respect des liens du mariage et renie tous ses discours portant autrefois sur l'amour libre. Mme Woodhull Martin lança en 1892 un nouveau journal, The Humanitarian, en collaboration avec sa fille Zulu-Maud.

Quand John Biddulph Martin mourut en 1897, il lui légua la totalité de ses biens. Veuve richissime, Victoria ne se fit plus guère remarquer que par sa passion pour le sport automobile. Elle meurt le 10 juin 1927.

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