Qiu Jin est une pionnière du mouvement féministe. Elle a compris que les femmes étaient considérées comme des compagnes de lutte des hommes, mais que le combat pour l'émancipation des femmes était omis...

Qiu Jin en habits masculins
Qiu Jin en habits masculins © Maxppp / Xia Gongran Xinhua News Agency/Newscom

Qiu Jin ou que les sinophones pardonnent ma prononciation : Tsiou Djin. 

Qiu Jin naît en 1875 dans la province de Shangaï. Fille d’un mandarin, elle reçoit une très bonne éducation et se montre précoce en s’épanchant dans des poésies qui évoquent la nature, où elle fait preuve aussi d’un vif esprit critique quant au statut réservé aux filles... "Ne me dites pas que les filles ne sont pas de l’étoffe des héros..." 

En 1896, son père, sans tenir compte de ses convictions, lui fait épouser à 19 ans, un homme qu’elle n’aime pas, et dont elle aura deux enfants. 

En 1900 elle doit suivre son mari à Pékin. Les poèmes de Qiu Jin prennent alors une tonalité d’autant plus radicale, qu’elle est consciente que la soumission des femmes est induite par les traditions archaïques qui prévalent en Chine sous le règne de Cixi, dernière impératrice de Chine. 

Photo non datée montrant des femmes aux pieds bandés, sous la dynastie Qing
Photo non datée montrant des femmes aux pieds bandés, sous la dynastie Qing © Maxppp / Xinhua Xinhua News Agency/Newscom

Ainsi Qiu Jin s’indigne du bandage des pieds, supposé conférer grâce et féminité aux femmes, alors que cette atrophie - la taille idéale est fixée à 7 cm et demi - condamne  les femmes, à ne plus marcher et à rester cloîtrées, asservies au bon vouloir de leur mari. A Pékin, elle s’enthousiasme pour les idées nouvelles et fréquente des intellectuels et des écrivains progressistes. Elle est admise dans deux sociétés secrètes qui œuvrent à la chute de la dynastie Mandchoue.

Bientôt, elle ne supporte plus le carcan du mariage. Parlant d’elle-même, elle s’adresse aux 200 millions de femmes chinoises dont elle partage la condition : 

Tu es enfermée comme une prisonnière, tu ne peux raconter ce qui s'accumule dans ton cœur, humiliée, outragée... Personne pour prononcer un mot de compassion ou de justice !

En 1903, elle quitte mari et enfants, décision à l’époque aussi courageuse que scandaleuse car seul les hommes sont autorisés à répudier leurs épouses, et part suivre des études au Japon. Convaincue que l’émancipation des femmes passe aussi par l’acquisition du savoir,  elle apprend la langue japonaise, s’initie aux arts martiaux et prend un surnom qui peut se traduire par "Ennemie des hommes". 

En 1905, elle adhère à la Ligue révolutionnaire fondée par Sun Yat-sen. Mais le gouvernement japonais réprime les étudiants chinois, et Qiu Jin revient en Chine. En 1906, elle enseigne dans une des premières écoles réservées aux filles et fonde plusieurs journaux féministes dont "Le Magazine des Femmes chinoises" (Zhongguo nubao). Bien que ces publications soient interdites ou censurées, Qiu Jin n’en continue pas moins à se battre pour ses idées, déclarant par exemple : 

"Considération pour les hommes et mépris pour les femmes" reste l'un des axiomes fondamentaux de la société chinoise, en cette fin du XIXe siècle. 

Elle milite notamment  pour que cesse la pratique des mariages arrangés dont elle a souffert elle aussi. En public elle se montre habillée en homme, un sabre à la ceinture, ce qui ne manque pas de la faire remarquer. Dans la clandestinité elle tente de réunir toutes les sociétés secrètes dans la région de Shaoxing. Son but : organiser un coup d’état qui renversera la dynastie Qing et instaurer la République.  

Mais le 13 juillet 1907, elle est arrêtée avant d’avoir pu donner le signal d’une insurrection armée. Torturée, elle ne livre pas le nom de ses compagnons de lutte. A l’issue d’un procès bâclé où les seules preuves produites contre elle sont ses poèmes, elle est condamnée à mort et décapitée. 

Peu connue en France, Qiu Jin est une héroïne nationale en Chine. Une figure féministe et révolutionnaire vénérée pour avoir ouvert la voie à l’émancipation des femmes chinoises et la défense de leurs droits. De son œuvre littéraire, il ne reste hélas que peu de traces mais  beaucoup de Chinois et de Chinoises connaissent par cœur les bribes qui en subsistent.     

► En 2011, un film sur sa vie Qiu Jin, la guerrière (The Woman Knight of Mirror Lake) de Herman Yau, avec Huang Yi dans le rôle-titre.

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