Elizabeth Jane Cochrane, dite Nellie Bly, est la Pionnière du reportage clandestin, une forme de journalisme d’investigation...

Le Tour du monde de Nellie Bly
Le Tour du monde de Nellie Bly © Getty / Getty

Elizabeth Jane Cochrane est née en 1864 en Pennsylvanie. Orpheline, elle est toute jeune destinée à devenir gouvernante, mais elle refuse cette orientation, montrant déjà un talent littéraire certain. A 16 ans, indignée par un article misogyne du Pittsburgh Dispatch, elle adresse au journal une lettre virulente signée  ‘’L’orpheline solitaire’’. Au rédac’chef qui réussit à la rencontrer, elle lance un défi : si elle lui propose un article qu’il jugera excellent, il devra l’engager. Bientôt, c’est chose faite grâce à un papier sur le divorce. 

Elle prend alors pour pseudo Nelly Bly, nom emprunté à une chanson très populaire de Stephen Foster, le père du folksong. Nellie Bly consacre ses premiers reportages aux conditions de vie très difficiles des ouvrières de Pittsburgh. Malgré les pressions du patronat, Nellie refuse de se cantonner aux rubriques théâtrales et artistiques. Elle se fait embaucher dans une tréfilerie (fabrique de fils de fer) ; son reportage peut être considéré comme le premier qui relève du journalisme d’investigation.  

En 1886, elle part pour le Mexique et envoie des chroniques qui démontent les préjugés que les américains colportent sur les Mexicains. Néanmoins, elle n’épargne pas les dirigeants corrompus et se fait expulser. 

En 1887, Joseph Pulitzer, directeur du New York World , lui lance à son tour un défi. Il l’engagera si elle réussit à s'infiltrer  dans un asile d’aliénées, le Blackwells Island Hospital. Nellie Bly simule la folie et réussit à se faire interner. Révélant les conditions inhumaines dans lesquelles croupissent les patientes de cet asile, son reportage suscitera un énorme scandale. La ville de New York sera contrainte de réformer drastiquement ses hôpitaux psychiatriques. 

Dans la foulée Nellie Bly prend d’énormes risques en infiltrant sous un déguisement l’entourage du célèbre narco- trafiquant Edward Phelps. Celui-ci et plusieurs hommes politiques corrompus seront traduits en justice, suite aux articles de Nelly, mais aucun ne sera condamné. 

Nelly émet alors l’idée de faire le tour du monde pour battre Phileas Fogg, le héros du Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne. Le financier du New York World refuse de la soutenir, arguant qu'une femme est incapable d’accomplir un tel exploit. Qu’à cela ne tienne, le 14 novembre 1889, Nellie Bly prend le départ à Jersey City. En France, à Amiens, elle est chaleureusement accueillie par Jules Verne, et repart aussitôt… Brindisi, Suez, Colombo, Singapour, Yokohama, elle relate son voyage dans des articles qui connaissent un succès considérable. 

A Hong Kong, elle apprend qu’une autre journaliste, Elisabeth Bisland, a été chargée de la battre. Aux USA, les bookmakers prennent les paris. Quand Nellie débarque à San Francisco, Pullitzer affrète des trains qui traversent les USA à toute vapeur et la jeune femme arrive en gare de Jersey City . Le 25 janvier 1890 après un périple de     40 070 km bouclé en  72 jours, 6 h 11 minutes et 14 secondes. Le jour même, Jules Verne écrit : "Jamais douté du succès de Nellie Bly, son intrépidité le laissait prévoir Hourra ! Pour elle et pour le directeur du World ! Hurrah ! Hurrah ! "

Les reporters  cascadeuses ‘’stunt girls’’ deviennent à la mode. Ainsi une journaliste teste les traitements médicaux prescrits aux femmes indigentes, une autre se fait l’assistante d’un dompteur de lion, une autre encore, munie d’un gilet pare-balles, sert de cible vivante à des tireurs à Winchester. Pour Nellie Bly, après tant d’aventures, le retour à la réalité est difficile. Elle tâte de la drogue et de l’alcool. 

En 1895, elle épouse un industriel millionnaire et s'éloigne du journalisme. Après la mort de son mari elle prend la direction d’un énorme complexe industriel et brevète 25 objets de son invention, dont un bidon d’essence, un pot à lait et une poubelle empilable. Elle procède surtout à des réformes sociales très favorables aux ouvriers. Mais victime d’un comptable escroc, elle est ruinée. Elle part alors pour l’Angleterre et pendant la première guerre mondiale devient correspondante de guerre bénévole.

De retour à New York en 1918, elle reprend ses articles sur le monde ouvrier et l'enfance malheureuse, et milite activement pour le droit de vote des femmes.

Elle meurt en 1922 à 57 ans. Le New York Press Club décerne régulièrement le prix Nellie Bly Club Reporter aux meilleurs travaux produits par des jeunes journalistes.

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