Journaliste, actrice, femme politique et féministe, Marguerite Durand décide de se consacrer à la défense des droits des femmes. En 1897, elle fonde le premier quotidien féminin, politique, littéraire, dirigé, administré, rédigé et édité exclusivement par des femmes : ''La Fronde''.

Marguerite Durand décide de se consacrer à la défense des droits des femmes
Marguerite Durand décide de se consacrer à la défense des droits des femmes © Getty / Jules Baley

Marguerite Durand, nait en 1864 dans une famille très catholique. A 17 ans, elle entre à la Comédie Française où elle se spécialise dans les rôles d’ingénues. Mariée à 24 ans à un député boulangiste (rappelons que le Général Boulanger, populiste avant la lettre fut tenté de commettre un coup d’Etat, avec pour mot d’ordre "Dissolution, Révision, Constituante"). Marguerite fréquente alors les milieux politiques et débute dans le journalisme dans un quotidien boulangiste dirigé par son mari. Quand Boulanger se suicide en 1891, elle dit adieu au boulangisme et à son mari. 

Elle est engagée au Figaro, mais en avril 1896, alors qu’elle doit rendre compte du Congrès Féministe International, elle refuse d'écrire un article malveillant sur cette manifestation, et s’indigne du chahut organisé par des perturbateurs misogynes.

"Je fus frappée, écrira-t-elle, par la logique du discours, le bien-fondé des revendications… et l’idée me vint d'offrir aux femmes une arme de combat, un journal qui devait prouver leurs capacités en traitant non seulement de ce qui les intéressait directement, mais des questions les plus générales et leur offrir la profession de journaliste actif".

Désormais, Marguerite va consacrer son énergie à la défense du droit des femmes. 

Le premier numéro du journal La Fronde paraît le 9 décembre 1897. Ce quotidien qui n’est pas seulement destiné aux femmes, est conçu, rédigé, administré, fabriqué et distribué exclusivement par des femmes. Journalistes, rédactrices, typographes, vendeuses à la criée… 

Il s’agit de prouver que les femmes peuvent réussir dans la presse et le journalisme, sans l’assistance des hommes qui dominent ce milieu.

La Fronde traite l’actualité politique, littéraire, sportive, financière. L’édito du numéro 1 précise que la Fronde ne cherche ni un triomphe de la femme sur l’homme, ni l’identité des sexes, mais "réclame l'égalité des droits, le développement sans entraves des facultés de la femme, la responsabilité consciente de ses actes, une place de créature libre dans la société". Dans le numéro 2, La Fronde, prêche, je cite "la croisade des intelligences et des cœurs contre les ennemis de l'humanité tout entière : l'ignorance qui fait des brutes, les tourmenteurs de bêtes, les bourreaux d'enfants ; l'alcoolisme, pépinière de fous et d'assassins ; l'intransigeance qui crée les martyrs ; la guerre qui met en deuil les familles et ruine les cités". Des thèmes toujours actuels hélas…

Il serait trop long de citer toutes les collaboratrices de La Fronde, toutes remarquables dans leur spécialités, citons seulement la grande journaliste et polémiste Séverine;  Hélène Sée, première femme journaliste politique; Jeanne Chauvin, première femme avocate autorisée à plaider;  Alexandra David Neel, journaliste libertaire et grande exploratrice; Pauline Kergomard, fondatrice des écoles maternelles ; Renée de Vériane, sculptrice et spécialiste des  sports féminins; Dorothéa Klumpke, astronome. Et tant d'autres...

La Fronde, quotidien puis mensuel, paraitra  jusqu’en 1905. Marguerite Marchand s’investira ensuite dans la campagne pour le vote des femmes. En avril 1910 avec Hubertine Auclair, suffragiste courageuse, dont le destin fut évoqué ici, elle se présente aux élections législatives. Candidature rejetée ! Toujours combattives elles appellent alors les femmes à boycotter le recensement, avec cet argument d’une implacable logique : "Si nous ne comptons pas, pourquoi nous compte-t-on ?

Marguerite Durand qui fonda aussi le cimetière animalier d’Asnières mourut en 1936.  Total respect ! 

En 1931, elle lègue à la ville de Paris toute la documentation qu’elle possède sur l’histoire des femmes, créant ainsi le premier Office de documentation féministe français, qu'elle dirige bénévolement jusqu’à sa mort en 1936.  La bibliothèque Marguerite-Durand recèle aujourd'hui près de 70 000 documents sur le féminisme, le genre et l'histoire des femmes : 79, rue Nationale - 75013 Paris.

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