Intrépide, militante, aventurière, et avant tout un esprit libre, Germaine Krull, femme et artiste engagée, a réalisé une œuvre photographique innovante...

Autoportrait de Germaine Krull (1897-1985) vers 1928 à Berlin
Autoportrait de Germaine Krull (1897-1985) vers 1928 à Berlin © Getty / Gettyimages

En 2015 à Paris, deux expos intitulées Qui a peur des femmes photographes ? au musée de l’Orangerie et  au musée d’Orsay, avaient fait découvrir les œuvres, pour la plupart méconnues, de femmes photographes. Depuis les premiers daguerréotypes en 1839,  jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, elles avaient atteint un degré de maitrise, d’invention et d’expérimentation égal à celui des photographes hommes. 

Et cela dans tous les modes de représentations : portrait, autoportrait, paysage, groupes, et même le nu, qui dans la peinture et la sculpture, restera longtemps interdit aux femmes. Peu à peu certaines photographes se professionnalisent, ouvrent des ateliers, des studios, ou s’imposent avec courage dans le photo-reportage, au cours de voyages et d’expéditions ethnographiques, ou dans l’enfer des conflits armés. L’expo à l’Orangerie, se terminait sur des photos hautement symboliques prises en 1909 par Christina Broom, lors de manifestations suffragistes dans les rues de Londres. 

Je ne vais pas raconter l’histoire des femmes photographes, mais il importe de souligner l’importance du rôle qui fut le leur, notamment celui des photographes de guerre. 

Comme l’écrivait Ulrich Pohlmann, commissaire général des deux expos : "La Première Guerre mondiale changera la donne. Avec des femmes photographes réalisant des images sur le  front, aucune frontière n’arrêterait plus les activités des femmes. Après cette rupture, l’émancipation de celles -ci ira de pair avec la conquête de genres artistiques jusqu’ici réservés aux hommes. Par ex, la photographie de l’architecture, la photographie industrielle, la mode, la publicité… "

Je raconterai un jour les vies de Lee Miller, de Barbara Morgan, de Vivien Maier ou encore de Christina Broom et de Frances Benjamin Johnston, pionnières du photojournalisme, mais aujourd’hui …

Il était une Femme, la  photographe, Germaine Krull

Germaine Krull est née en 1897 à Munich. Après avoir étudié la photographie, elle épouse un anarchiste russe en 1919. Cette année-là, quand l’éphémère République des Conseils de Bavière est écrasée, Germaine Krull, qui s’est engagée aux côtés des révolutionnaires, est arrêtée et condamnée à mort. Elle réussit à s’enfuir et gagne Berlin où elle ouvre un atelier de portraits tout en fréquentant les Dadaïstes et les expressionnistes.

En 1925, elle s’installe à Paris. Elle fréquente les surréalistes, et pour vivre de son art, collabore à de très nombreuses publications dont le nouveau magazine VU, où elle élabore une nouvelle forme de reportage. 

Le vrai photographe, c’est le témoin de tous les jours, c’est le reporter.  

Les thèmes traités par Germaine Krull ? Les vues urbaines et le trafic automobile, les "documents de la vie sociale " : les clochards, la zone, les halles, les bals, les métiers…, la femme et la condition féminine, avec de nombreux portraits d’ouvrières, le nu féminin, la route, avec des photographies prises depuis la fenêtre du véhicule.

Elle se passionne pour les machines, les architectures métalliques qu’elle transfigure de façon poétique. Elle innove en publiant des portfolios dont elle est l’auteur unique dont le mythique Métal.  En 1931, elle crée avec Georges Simenon une nouvelle policière illustrée de 400 photos, le premier photo-roman : La Folle d’Itteville.

En 1940, elle fuit la France et le nazisme, et via les USA, gagne Brazaville, où elle dirige le service de propagande de la France Libre. Elle participe au débarquement en Provence et couvre la fin de la guerre. 

Lors de la campagne d'Alsace, elle assiste à la libération du camp de concentration du Struthof. En 1946, la voici correspondante de guerre en Indochine, elle découvre l’Asie du Sud-Est et se passionne pour l’art Bouddhique. En 1947, changement inattendu : elle devient directrice de l’hôtel oriental de Bangkok et ses liens avec le milieu de la photo se distendent.

Krull, artiste d’une insatiable curiosité, aux engagements féministes et anticolonialistes, est une des égéries de la modernité photographique. Son œuvre est moins célébrée que celle de Man Ray, Moholy-Nagy ou Kertész… cela tient notamment à une existence longtemps chaotique, à ces années asiatiques, mais aussi à la dispersion de ses tirages, à l’absence d’archives complètes, et aux trop rares expositions. 

Toutefois, en 1967, André Malraux, alors Ministre de la culture, son ami de longue date, lui consacra une exposition au Palais de Chaillot.

Convertie au bouddhisme, elle résida en Inde jusqu'en 1983, et rentra alors en Allemagne pour y mourir en 1985.

Total respect pour Germaine Krull !

Aller + loin

►► Germaine Krull, le « chien fou » de la photo au Jeu de Paume à Paris

►► La Folle d’Itteville, éditions Jacques Haumont, 1931

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.