L'émancipation des noir(e)s est le combat de sa vie. Marian Anderson, contralto américaine, sait encaisser les coups.

Marian Anderson, chanteuse d'opéra noire-américaine (concert au Carnegie Hall).
Marian Anderson, chanteuse d'opéra noire-américaine (concert au Carnegie Hall). © Getty / W. Eugene Smith/The LIFE Picture Collection

Marian Anderson est née à Philadelphie en 1897. Très jeune à l’Union Baptist Church, dans le chœur dirigé par son père, elle se fait remarquer par sa voix à l’éclat pur et naturel, surnommée affectueusement le “bébé contralto”,  elle chante en soliste les hymnes de la liturgie. Son registre étendu couvre trois octaves et la réputation de la jeune chanteuse va vite dépasser l’enceinte de son église. A la mort de son père, pour subvenir aux besoins de sa famille, elle doit se former au métier de secrétaire. Mais heureusement, elle est remarquée par la soprano Mary Sanders Patterson qui lui donne gratuitement des cours de technique vocale.

Dès ses premiers concerts, Marian Anderson mêle aux mélodies classiques européennes des airs de negro spirituals. Un héri­tage qu’elle  assume avec fierté. Si elle chante du Bach et du Haendel avec émotion, Schubert, Schumann, Brahms avec une fougue romantique, Scarlatti et Verdi avec brio, dans le negro spiritual, elle révèle toute la profondeur de son âme. Jusqu’à la fin de sa carrière, elle ne cessera d’enregistrer. 

Cette artiste lyrique qui bientôt sera reconnue dans le monde entier comme l’une des plus talentueuses voix de contralto de son temps, va pourtant subir des humiliations racistes. En 1925, quand, pour se perfectionner elle veut s’inscrire dans une école de musique de Philadelphie, elle essuie un refus : “Nous ne prenons pas de gens de couleur”. 

Une discrimination qui se perpétue. Ainsi, en 1939, bien qu’elle soit devenue une artiste mondialement reconnue, alors qu’elle demande de pouvoir se produire en concert au Constitution Hall à Washington, l’association "Daughters of the American Revolution" (les Filles de la Révolution Américaine) qui gère ce monument, lui oppose un refus catégorique. 

Heureusement, à ces comportements discriminatoires s’oppose la reconnaissance d’un nombre croissant d’admirateurs, dont l’épouse même du Président, Eleanor Roosevelt, qui démissionne avec fracas des "Daughters of the American Revolution". Peu après, le jour de Pâques, au pied du Lincoln Memorial, à l’endroit même où Martin Luther King, 24 ans plus tard, s’écriera "I Have A Dream", Marian Anderson devant une foule immense chante des airs d’opéra, l’Ave Maria de Schubert et des negro spirituals.

Au cours de ses tournées triomphales en Europe, elle donne des centaines de récitals. Toscanini lui dit son admiration sans borne. Sibelius, le grand compositeur finlandais, lui dédie une de ses mélodies et très impressionné lui déclare "Mon toit est trop bas pour vous". Le 7 janvier 1955, date hautement symbolique : la contralto se produit sur la scène du Metropolitan Opera House, (le rôle d’Ulrica dans Un Bal Masqué de Verdi)  C’est la première fois qu’une artiste de couleur chante sur la célèbre scène new-yorkaise.

En 1957, Marian Anderson est envoyée comme "ambassadrice de bonne volonté" en Inde et en Extrême-Orient par le Département d’Etat américain, tout comme Louis Armstrong l’avait été en Afrique l’année précédente. En 1958, le Président Eisenhower la nomme "déléguée au Comité des Droits de l’Homme aux Nations Unies". En janvier 1961, elle chante à la soirée d’investiture du Président Kennedy. 

En octobre 1964, elle entreprend une vaste tournée d’adieu. Ironie de l’Histoire, et comme quoi il ne faut jamais désespérer, c’est à Washington, par un concert au Constitution Hall, dont l’accès lui avait été refusé un quart de siècle plus tôt, que débute cette grande tournée mondiale. Tournée qui s’achèvera le dimanche de Pâques, 1965, au Carnegie Hall de New York. Marian Anderson meurt le 8 avril 1993, peut être alors a-t-elle murmuré : "Take my hand, Precious Lord ".
 

Pour conclure cette biographie, qui pour être expéditive n’en est pas moins admirative, je citerai une juste une phrase de Marian Anderson :

On perd énormément de temps à haïr des gens. 

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