Il était une femme Alice Guy réalisatrice, scénariste, productrice de cinéma et... française !

La pionnière du cinéma Alice Guy-Blache, ici à New-York autour de 1910
La pionnière du cinéma Alice Guy-Blache, ici à New-York autour de 1910 © Getty / Donaldson Collection

Alice  Guy, fille adultérine, est née en 1873 à Saint-Mandé. Sa petite enfance se passe en Suisse et au Chili où son père, propriétaire d’une chaine de librairie, fait faillite. Après avoir étudié la sténographie, Alice est engagée à 21 ans comme secrétaire de direction au Comptoir Général de la Photographie, bientôt racheté par un employé plein d’avenir, Léon Gaumont, qui fonde la compagnie "L. Gaumont et Cie".

Passionnée de photographie, Alice se lie d’amitié avec Frédéric Dellaye, un photographe avant-gardiste qui lui apprend les procédés de développement, l'utilisation du matériel et les techniques de trucage. Comme Léon Gaumont, à l’instar des Frères Lumière, se cantonne  aux vues de paysages, Alice Guy, arrive à convaincre son patron de présenter autre chose, notamment des ‘’vues comiques’’ dans l’esprit de L’arroseur arrosé. Elle est alors autorisée à filmer ‘’à condition que ce soit en dehors des heures de travail’’. En 1896, à 23 ans, elle réalise la première fiction connue au monde : La Fée aux Choux, un film d’une minute où l’on voit une jeune femme évoluant dans un champ planté de choux énormes d’où elle extirpe des bébés.

Gaumont lui confie alors les vues animées de fiction. Scénarios, casting, décors, costumes, lumière, prises de vue,  mise en scène, elle supervise toutes les étapes de la création. Elle perfectionne les trucages, colorise les images, s’entourant de collaborateurs talentueux dont Louis Feuillade.

Dès 1902, elle recourt au "Chronophone Demenÿ" qui enregistre la voix sur un cylindre . Baptisé "Phono-scène", le résultat de l’association des images animées et du phonographe, fait d’Alice Guy une pionnière du cinéma parlant. C'est ainsi que seront conservées les prestations de chanteurs d’opéra et de chanteurs populaires comme Félix Mayol, ou Dranem, l’inoubliable interprète du Trou de mon Quai  ! Notons que c’est à Alice Guy que l'on doit le premier Making of d’un film : Alice Guy tourne une phonoscène.

En 1906, elle tourne son premier long métrage La Vie de Jésus Christ : 35 mn, 25 tableaux, 300 figurants, 600 mètres de pellicule  et premier péplum de l’histoire du cinéma ! 

Très rare femme à s’être imposée dans un milieu masculin, Alice Paul imagine alors une histoire où les rôles des hommes et des femmes sont inversés. Dans Les Résultats du Féminisme, on voit des hommes changer les couches de leurs bébés, pousser des landaus, tricoter ou coudre à la machine, tandis que les femmes paressent en lisant le journal, en buvant l’apéro et en houspillant les hommes.

En 1907, Alice Guy part pour les USA en compagnie de Léon Blaché un jeune opérateur qu’elle vient d’épouser. Après avoir vainement tenté de vendre le Chronophone, Alice crée la Solax Film, la plus importante société de production des Etats Unis avant l’essor d’Holywood. Le succès est rapide et Alice fait construire des studios de plus en plus grands. Jusqu’à la première guerre mondiale, elle écrit, dirige et produit plus de 350 films. Sa filmographie est époustouflante : des mélodrames, des westerns, des films sur la Guerre de Sécession. Mais aussi des films qui traitent de problèmes "sociétaux" dont _The Lure_, un film sur la traite des blanches, et A fool and his money, le premier film joué par des acteurs afro américains. 

Après la guerre, le cinéma migre sur la côte Ouest. Alice, en grandes difficultés financières, doit fermer la Solax et se met au service d’autres compagnies. Son mari, à l‘origine de sa faillite, la quitte alors pour une jeune actrice qu’il suit à Hollywood.

Divorcée et ruinée, Alice rentre en France en 1922 avec ses deux enfants. Elle ne retrouve pas la  place qui aurait dû être la sienne. Elle écrit des contes pour enfants et donne des conférences. Elle retournera à plusieurs reprises aux USA pour tenter de retrouver ses films. Hélas, sur les dizaines de films tournés, elle n’en retrouvera que trois !  En 1957, à Paris, la cinémathèque lui rend enfin hommage. 

En 1968, à 94 ans c’est le clap de fin. Ses mémoires - un manuscrit retrouvé par sa fille - ne seront publiées qu’en 1976. Total respect pour Alice Guy !

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