Grande poète et figure majeure de la Belle Epoque, Renée Vivien demeure l'une des grandes icônes du génie féminin à travers les siècles. Son oeuvre fait constamment l'objet de nouvelles recherches.

Pauline-Mary Tarn nait à Londres en 1877 dans une famille très fortunée. A 23 ans, fuyant son éducation victorienne dont elle abhorre l’hypocrisie, elle vient s’établir à Paris. Tout en changeant de langue, elle change de nom, et devient Renée Vivien.                                                                                     

La jeune femme sort rarement de son appartement luxueux, si ce n’est pour des voyages lointains : Japon, Hawaï, Constantinople et l’Ile de Lesbos où avait vécu la poétesse Sapho, à qui elle voue un culte fervent. Les photographies d’elle à cette époque montrent une jeune femme gracile au beau visage ovale et à l’abondante chevelure blonde. Sa vie va se résumer en dix intenses années de fièvres amoureuses et poétiques... fièvres alcooliques aussi... Si Renée déteste l’eau de rose, dans laquelle trop de poètes médiocres trempent leur plume, elle déteste aussi l’eau plate... préférant, comme disait Francis Blanche, le vin d’ici à l’eau-delà.

En neuf ans, elle écrit, quinze recueils de poèmes aux tirages confidentiels, six romans et essais. C’est surtout  "_La Vénus des aveugles_" qui fait sa renommée. Mais, exceptées quelques admiratrices, comme elle, émules de Sapho, à part quelques lecteurs enthousiastes, sa poésie, d'une nature autobiographique à peine voilée,  qui heurte les codes sociaux dominant, restera longtemps méconnue. Il faudra attendre 1986 pour que ses poèmes soient enfin réédités. 

Passe encore que les livres scolaires, jugeant trop sulfureuses ces poésies, les ait ignorées ou censurées. Mais comment admettre que tant d’anthologies aient passé sous silence ces oeuvres magnifiques où par delà les clichés décadents, la poésie se fait chair et sang, incantation désespérée du désir, et de la douleur d’aimer.

Les maitresses de Renée Vivien sont longtemps restées plus célèbres qu’elle. Ainsi Nathalie Barney, blonde et riche américaine aux idylles saphiques qui la lièrent à la célèbre courtisane Liane de Pougy, à Colette, Isadora Duncan, Mata Hari... et quelques autres. Nathalie Barney d’ailleurs, dans un ouvrage intitulé Eparpillements confie : "J’aime trop les commencements pour savoir aimer autre chose". De quoi désespérer Renée Vivien qui l’aimait passionnément et dont les poèmes laissent alors transparaitre le désarroi... 

Tu mens comme l’on aime, et, sous ta douceur feinte / On sent le rampement du reptile attentif

Lassée des infidélités de son amante, Renée vit une liaison plus apaisée avec la richissime baronne Hélène de Zuylen, mariée et mère de deux enfants. Mais quand la baronne la quitte brusquement pour une autre femme, Renée se ronge de désespoir et tente de se suicider au laudanum. Minée par l’alcoolisme et l’hydrate de chloral, refusant de se nourrir, elle meurt, à peine âgée de 32 ans.

Trop longtemps, l’homosexualité ayant été associée à une maladie mentale puis à une névrose, Renée Vivien a été présentée comme une créature perverse, cocaïnomane et libertine, et on lui a prêté une vie de débauche. Rien de vrai dans tout ça. Une seule chose est sûre, Renée Vivien est une poète admirable.

En conclusion, quelques vers d’un poème adressé à ses futures lectrices, peut être, vous qui m’écoutez...

Vous pour qui j’écrivis, ô belles jeunes femmes!

Vous que, seules, j’aimais, relirez-vous mes vers 

Par les futurs matins neigeant sur l’univers,

Et par les soirs futurs de roses et de flammes ?

Il existe un prix de poésie en son hommage, le prix Renée-Vivien, décerné annuellement pour honorer un recueil de poésie possédant des affinités thématiques avec la poétesse. De grands noms de la littérature française se sont vus remettre ce prix (Lucie Delarue-Mardrus, Marguerite Yourcenar, etc.).

► Un florilège  Poèmes choisis 1901-1910 vient de paraître aux éditions Points, collection Points Poésie 

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