Les œuvres de Rosa Bonheur ont voyagé à travers le monde entier et toutes les personnalités ou têtes couronnées se sont empressées de lui rendre visite dans son atelier de Thomery.

Portrait de l'artiste française Marie-Rosalie Bonheur (1822 - 1899), connue pour ses peintures d'animaux. Elle fut la première femme à recevoir la grande croix de la légion d'honneur, en 1865
Portrait de l'artiste française Marie-Rosalie Bonheur (1822 - 1899), connue pour ses peintures d'animaux. Elle fut la première femme à recevoir la grande croix de la légion d'honneur, en 1865 © Getty / Hulton Archives

Marie-Rosalie Bonheur naît le 16 mars 1822 à Bordeaux. C’est à la campagne, au château de Grimont, que se déroule l’enfance de Rosa, d’où son intérêt qui ne se démentira jamais pour la vie agreste et les animaux, tant domestiques que sauvages. Suite à des déconvenues familiales, Monsieur et Madame Bonheur, sans connaître le malheur (ah, ah) se retrouvent désargentés et doivent partir pour Paris. 

Malgré cette dèche, le père de Rosa et professeur de dessin, Raimond Bonheur, un Saint-Simonien aux idées progressistes, tient à ce que sa fille s’initie à la musique et à la peinture. Un encouragement paternel n’est pas anodin à une époque où la professionnalisation et la reconnaissance des femmes dans l’art, sont loin d’être acquises.

Une vie consacrée à l'art

En dépit de la marginalisation des femmes dans l’art, au nom de préjugés misogynes (aux hommes la Création, aux femmes la Procréation), Rosa Bonheur, à 13 ans, abandonne son travail de couturière pour se consacrer entièrement à la peinture et au dessin. Elle travaille comme apprentie dans des ateliers, qui jouent alors un rôle primordial dans la conquête du droit à la formation artistique. Rappelons que ce n’est qu’en 1897, suite à l’action de féministes opiniâtres, que les femmes seront admises à l’école des  Beaux-Arts. Rendons hommage à l’Académie Julian qui accueillera des étudiants pauvres, des étrangers et des femmes. 

Rosa se rend au Louvre où elle est autorisée à copier les œuvres qui lui plaisent, à l’exception des nus qui restent interdits aux femmes, et ce depuis la Renaissance, ce qui explique que les peintres femmes se soient consacrées davantage aux natures mortes et aux paysages qu’aux scènes mythologiques ou historiques, réservées aux hommes.

En 1839, Rosa Bonheur commence à étudier les animaux, qui deviendront sa spécialité, tant en peinture, qu'en sculpture. 

A partir de 1841- elle a 19 ans - elle expose chaque année au Salon de Paris. En 1848, grâce à un tableau Bœufs et Taureaux, race du Cantal, une médaille d’or lui est décernée (ce tableau est aujourd’hui au Musée d’Orsay). Suivent alors des commandes de plus en plus fréquentes et de mieux en mieux payées, tant par l’Etat que par de riches amateurs. 

"Labours à Nevers" de Rosa Bonheur
"Labours à Nevers" de Rosa Bonheur © Getty / Photo Josse/Leemage

En pantalons, cheveux courts et fumant le cigare… résolument non conformiste !

En 1852, pour pouvoir se rendre sur les marchés aux bestiaux, elle obtient auprès de  la préfecture de police l’autorisation de porter des pantalons (George Sand le fera). Cette ‘’demande de travestissement’’ ne sera abrogée qu’en… 2013 !

Non conformiste, Rosa Bonheur refuse de se marier, porte les cheveux courts, fume le cigare et monte à cheval, non en amazone, mais comme un homme. Transgressant les codes alors convenus de la féminité, elle vivra avec son amie d’enfance Nathalie Micas,  jusqu’à la mort de celle-ci. Un exemple de couple d’artistes, femmes décomplexées et libres, qui plus tard sera suivi par Sarah Bernhard et Louise Abbéma ; Loïe Fuller et Gabrielle Bloch…

Elle est la première artiste dans l'histoire de la peinture qui voit le marché de l'art spéculer sur ses tableaux de son vivant

Un tableau gigantesque, Le Marché aux chevaux, en 1853  vaut à Rosa Bonheur une grande notoriété, et des éloges, qui ramènent néanmoins son talent à des qualités qui ne peuvent être que masculines, du genre : 

C'est vraiment une peinture d'homme, nerveuse, solide, pleine de franchise. 

Plus tard, Théophile Gautier dira : 

Elle fait de l'art sérieusement, et on peut la traiter en homme.

"Le Marché aux chevaux" de Rosa Bonheur
"Le Marché aux chevaux" de Rosa Bonheur © Getty / Print Collector

En 1860, Rosa Bonheur s'installe à By en Seine-et-Marne, où elle fait construire un très grand atelier et aménage des espaces pour ses animaux. En 1865, elle est la première femme promue Officier de la Légion d’honneur, qui lui est remise par l’impératrice Eugénie. Ce qui déchaîne la fureur d’écrivains comme Barbey d’Aurevilly pour qui c’est ‘’une usurpation’’. Elle meurt en 1899  sans avoir achevé son dernier tableau de grand format, La Foulaison

Bien sûr Rosa Bonheur ne fut pas une novatrice, peignit beaucoup d’animaux de compagnie et s’écarta des courants modernes successifs… il n’empêche… Total Respect !

Aller plus loin

►► Visiter le Chateau de Rosa Bonheur : chambre d'hôtes, salon de thé... 12 rue Rosa Bonheur - 77810 Thomery

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