La Bolduc a donné à la chanson québécoise des années 1920-1930 un vent de fraîcheur : trouver les mots justes et l'humour nécessaire en plein cœur de la crise économique des années 1930, en racontant le quotidien des petites gens de la ville et des campagnes avec autant d'optimisme que d'ironie...

Mary Rose Travers, dite La Bolduc, naît en 1894 en Gaspésie, à 900 km à l’est de Montréal, dans une famille très nombreuse, très pauvre et très catholique. Douée pour le chant et la musique, elle apprend le violon avec son père et, à l’oreille, s’initie à l’accordéon et à l’harmonica. A l'âge de 12 ans, Mary commence à jouer dans les veillées et les mariages. Son répertoire : des mélodies irlandaises venues du côté paternel et des airs folkloriques canadiens français transmis par sa mère. 

En 1907,  à 13 ans, pour aider ses parents qui vivent dans la misère, elle vient travailler à Montréal comme bonne dans une famille bourgeoise, puis en 1910, elle est ouvrière dans une usine de vêtements. Elle rencontre Edouard Bolduc, un plombier, qu’elle épouse en 1914. Ils vivent dans le dénuement. Sur douze grossesses, Mary Bolduc ne verra que quatre enfants arriver à l’âge adulte… 

Ce qui n’empêche pas Mary, avec des amis musiciens, de participer à des soirées folkloriques, dont les très populaires ‘’Soirées du bon vieux temps’’ (organisées par le folkloriste Conrad Gauthier) au Monument National - la plus grande salle francophone de Montréal. Elle se produit dans des émissions de radio, sans toutefois songer à faire carrière d’artiste, profession de surcroit mal vue à l’époque pour une femme.  

En 1929, alors qu’elle travaille encore comme couturière pour subvenir aux besoins de sa famille, Madame Edouard Bolduc enregistre un instrumental au violon, puis deux autres morceaux qui ne rencontrent aucun succès. Comme l’accord avec la maison de disques prévoit quatre disques dans l’année, Mary choisit deux chansons : Johnny Monfarleau (adaptation du folklore irlandais) et La cuisinière, première composition originale de la Bolduc

Le succès est immédiat. Dix mille disques sont vendus en quelques semaines. Un succès providentiel, car l’industrie du disque est alors une des victimes co-latérales de la crise de 29. 

Dès lors Mary, à 35 ans, passe de la pauvreté à la popularité. Elle est la première femme Québécoise à gagner sa vie en tant que chanteuse, auteure, compositrice et interprète. Entre 1929 et 1932, elle enregistre 70 titres, soit un 78 tours par mois. Elle entreprend des tournées au Canada et dans le Nord-Est des Etats Unis. 

Si ses chansons ont rencontré un tel succès, c’est en raison de leur dynamisme et de leur humour, mais aussi parce que la Bolduc, en puisant avec beaucoup d’auto-dérision dans son propre passé, est devenue, sans le chercher, comme la porte-parole des humbles, l’idole des démunis, des petites gens des villes et des campagnes qui connaissaient le sort qui avait été le sien au cours d’une des pires crises économiques du XXème siècle. 

Enfin comment ne pas évoquer une des grandes spécialités de la Bolduc : l’art de la turlute… un jeu de langue, une technique vocale qui ponctue les mélodies en leur donnant un rythme particulier. Cela consiste à chanter sans parole en répétant un motif sonore sur un rythme très rapide ; ce qui exige une grande souplesse vocale, le sens du rythme et de l‘impro ! Un peu l’équivalent du Skat dans le jazz et du yoddle dans le chant tyrolien.

Alors qu’elle se sait atteinte d’un cancer, la Bolduc repart en tournée en 1939. Elle meurt deux mois après son dernier spectacle le 20 février 1941, à 46 ans. Elle repose au Cimetière Notre-Dame-des-Neiges à Montréal.

Total respect à La Bolduc, Madame Mary Bolduc ! 

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