Journaliste française, militante des droits des femmes... ''Mademoiselle Daubié est certainement le premier bachelier de sexe féminin qu'ait proclamé l'Université de France'' ! C'est aussi la première licenciée ès lettres en octobre 1871, alors que les cours à la Sorbonne ne sont pas ouverts aux femmes !

Julie-Victoire Daubié naît en 1824 à Bains - les Bains, dans les Vosges. A vingt ans, elle obtient le « certificat de capacité », brevet d'enseignante, rendu obligatoire pour les jeunes femmes qui désirent enseigner mais dont les institutrices des congrégations religieuses sont exemptées ; ce contre quoi Julie-Victoire s ‘élèvera, sans pour autant être contre un enseignement catholique. En effet, elle a un frère prêtre qui va l’aider à étudier le latin et le grec, matières indispensables pour se présenter au baccalauréat. 

Car tel est le but que s’est fixé Julie-Victoire, qui s’inscrit au Muséum national d'histoire naturelle de Paris pour suivre les cours de zoologie d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Au bureau de bienfaisance de Fontenoy, dans les Vosges, où elle intervient bénévolement, Julie-Victoire découvre la misère des ouvriers agricoles, des journaliers, s’indigne de  l’exploitation des domestiques et du sort fait aux mères célibataires. Cette expérience lui inspire un essai intitulé La Femme pauvre au XIXème sièclequi lui vaut le premier prix du concours de l'Académie des sciences. 

Forte de ce succès Julie Victoire s'inscrit à la Faculté des Lettres de Lyon pour passer son baccalauréat et, le 17 août 1861, à 37 ans, Julie-Victoire Daubié est la première française à obtenir le baccalauréat, avec un total de six boules rouges, trois boules blanches et une boule noire.  A l’époque, pour obtenir son bac, il fallait avoir les boules ! Pas de notes, ni moyenne ! Les examinateurs ont recours à un système de boules : une boule rouge signifie "avis favorable", une boule blanche "abstention" et une boule noire "avis défavorable".

Un membre du jury déclare "On peut citer un certain nombre de femmes qui, au Moyen Âge et surtout à l'époque de la Renaissance, ont obtenu leur bonnet de Docteur, mais Mademoiselle Daubié est certainement le premier bachelier de sexe féminin qu'ait proclamé l'Université de France".

A Fontenoy, Julie-Victoire qui professe des idées Saint-Simoniennes crée un bureau d'entrepreneur de broderie blanche, et dans des conditions dignes et bien rémunérées, donne du travail à des femmes pauvres et sans emploi. Elle donne des conférences et se lance dans le journalisme économique, écrit dans l'hebdomadaire de Léon Richer, Le Droit des femmes, et se lie à des personnalités progressistes et féministes (dont Elisa Lemonnier, mère de l’enseignement professionnel féminin ou Rosa Bonheur).

Elle prend la défense des enfants adultérins privés de droits par le Code Napoléon. Son combat pour l'éducation des femmes et leur accès à l'enseignement supérieur inspirera de nombreuses féministes anglaises et américaines. Après la Commune, elle crée l’Association pour le Suffrage des Femmes et s’insurgera contre l'interdiction à la vente de trois ouvrages de son association pour "l'émancipation progressive de la femme". 

A la Sorbonne, les  femmes ne sont pas autorisées à assister au cours, mais elles peuvent s'inscrire aux examens. Julie – Victoire, en dépit de cette discrimination, devient la première licencié ès Lettres. Son diplôme précise qu’elle est "licencié (sans e) es lettres". La licence comme le bac ne sont alors décernés qu’au masculin ! Néanmoins, le ministre de l’Instruction, Jules Simon raye "au sieur" pour le remplacer par "Mademoiselle" et adresse une lettre de félicitations à Julie-Victoire.

Celle-ci se lance alors dans la préparation d’une thèse de doctorat sur La Condition de la femme dans la société romaine. Sa mort, le 26 août 1874, à 50 ans, laisse hélas cette thèse inachevée. 

Total respect pour Julie Victoire Daubié !

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