Le 12 octobre 1799, Jeanne Labrosse devient la première femme parachutiste avec un saut d'une hauteur de 900m depuis un ballon à hydrogène.

Saut en parachute, 1802.
Saut en parachute, 1802. © Getty

Selon vous, en quelle année (à peu près) une femme a sauté en parachute pour la première fois ?

Votre réponse se réfère sans doute à l’âge héroïque de l’aviation, au début du XXème siècle…  S’il est vrai que Lucienne Blaise, première femme à sauter en parachute depuis un aéroplane, accomplit cet exploit le 17 mai 1914, la toute première parachutiste s’appelle Jeanne Labrosse qui s’élança dans le vide depuis un ballon à hydrogène, le 12 octobre 1799.

Difficile de résumer l‘histoire romanesque des débuts de l’aérostation, comme ceux du parachutisme. Rappelons juste que le mot "parachute" fut inventé  par un physicien, Louis-Sébastien Lenormand. Le mot désignant l’engin de toile cerclé de bois dont il se munit pour sauter du haut de l’observatoire de Montpellier, le 26 décembre 1783. 

Un peu plus tard, en 1797, c’est André-Jacques Garnerin, "aérostier des fêtes publiques" pendant la Révolution, qui effectuera avec succès le premier saut en parachute depuis un engin volant, en l’occurrence un ballon à hydrogène, au-dessus de la Plaine Monceau, à l’altitude de 680 mètres. 

Et le 12 octobre 1799, il est imité par sa future épouse, Jeanne-Geneviève Labrosse s’élance dans le vide à une altitude de 900 mètres, devenant ainsi la première femme au monde à sauter en parachute.

Si, au départ, le parachute est conçu comme un dispositif de secours pour sauver la vie des aérostiers militaires embarqués dans des ballons d’observation, rapidement les ascensions et les sauts en parachute vont devenir des attractions plus ou moins lucratives qui préfigurent les futurs meetings aériens. Les aéronautes professionnels –hommes et femmes- deviennent de véritables stars qui attirent des foules considérables. 

Les pouvoirs publics néanmoins veillent à la moralité de ces ascensions. Ainsi, alors que Garnerin prévoit d’emmener dans sa nacelle une jeune femme, Célestine Henry, âgée de 21 ans, un arrêté lui est notifié qui dit, je cite : "que le spectacle de deux personnes de sexe différent, s’élevant publiquement à ballon perdu, est indécent, immoral..." et aussi "que Garnerin n’a pu garantir les inconvénients qui pouvaient résulter de la seule pression de l’air sur les organes délicats d’une jeune fille". Garnerin obtiendra pourtant de pouvoir s’envoler en charmante compagnie depuis la Plaine Monceau, le futur Parc Monceau. 

Revenons à Jeanne Labrosse, notre première parachutiste dont Lorraine et Clémentine Kaltenbach racontent l’exploit dans ‘’Championnes’’, livre passionnant publié chez Arthaud…

"A 14 h, elle monte dans la nacelle, tandis que Garnerin s’affaire pour imprimer à l’aérostat l’élan nécessaire au décollage. Puis dans une atmosphère recueillie, la sphère s’élève dans les airs, tandis que d’une voix assurée, Jeanne s’exclame : "Adieu tout le monde !"  La jeune femme manifeste un sang-froid imperturbable durant toute l’ascension. La foule retient son souffle et suit la "créature sublime" qui monte, monte toujours. Le ballon s’élève jusqu’à 900 mètres d’altitude, et c’est depuis cette hauteur vertigineuse que la citoyenne Labrosse, équipée de son parachute enjambe la nacelle…"

Quelques années plus tard, Jeanne qui a épousé Garnerin, dépose le brevet du parachute au nom de son mari. Elle s’associe ensuite avec Marie-Thérèse Figueur, plus connue sous le nom de Madame Sans-Gêne, et ouvre avec elle une pension de famille pour militaires. 

En fait, cette parachutiste avait bien les pieds sur terre ! Total respect !

►► "Championnes" de Lorraine Kaltenbach et Clémentine Portier-Kaltenbach (Editions Arthaud,  janv. 2019)

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