Coureuse de marathon, écrivaine, commentatrice de télévision américaine, Kathrine Switzer est surtout célèbre pour avoir été en 1967, la première femme à courir le marathon de Boston. Et grâce à son combat, en 1984 -enfin !- aux JO de Los Angeles, se déroule le premier marathon olympique féminin.

19 avril 1967, Katherine Switzer, 1ère femme a avoir couru officiellement un marathon. Ils ont voulu l’empêcher de courir, elle est devenue une icône.
19 avril 1967, Katherine Switzer, 1ère femme a avoir couru officiellement un marathon. Ils ont voulu l’empêcher de courir, elle est devenue une icône. © Getty / Gettyimages

L’histoire de la place faite aux femmes dans le sport recoupe l’histoire des préjugés qui freinèrent et freinent encore la marche vers une totale égalité des droits entre les hommes et les femmes. J’ai déjà évoqué le destin de certaines sportives qui contribuèrent, dans leurs disciplines respectives, à ouvrir la voie à cette égalité… Annette Kellerman, Jeanne Labrosse, Hélène Boucher, Rena Kanokogi, Gertrude Ederle…

Il était une femme Kathrine Switzer… 

Kathrine Switzer est née en 1947 en Allemagne. Quand son père, colonel dans l’US Army, retourne aux Etats Unis, elle suit des études de journalisme à l’université de Syracuse. Pratiquant le cross-country, elle doit s’entrainer avec des étudiants car il n’y a pas d’équipe féminine. Des stéréotypes rebattus, dont une supposée fragilité des femmes, expliquent cette situation. 

Aux J.O., les femmes ne sont pas autorisées à courir des distances excédant 800 mètres… Une exception aux USA : Roberta Gibb qui, en 1966, participe au  Marathon de Boston, sans être inscrite officiellement. Kathrine Switzer, qui admire Roberta Gibb, demande à Arnie Briggs, l’entraineur de son équipe, de la laisser courir le Marathon de Boston avec lui. Racontant plus tard les hésitations de son coach, Kathrine Switzer dira, non sans humour, qu’il était encore imprégné des préjugés selon lesquels "une femme trop sportive risque de se retrouver avec de grosses jambes, la poitrine velue et l’utérus qui descend". Pour convaincre Briggs de son endurance, Kathy court aisément 5 miles de plus que la distance prévue. 

Le 19 avril 1967, au moment de prendre le départ, elle porte le dossard 261. Vêtue d’un survêtement, elle a tenu à se maquiller et à mettre du rouge à lèvres. A ses côtés courent son entraineur et son compagnon Tom, solide athlète, champion du lancer de marteau, ce qui va se révéler très utile. Au sixième mile, un des organisateurs crie à Kathy de s’arrêter… en vain. Le directeur de l’épreuve tente alors de stopper  la course de Kathy. Il s’agrippe à elle et essaie de lui arracher son dossard tout en criant Tirez-vous de ma course et donnez-moi ce dossard. 

D’un coup d’épaule, Tom balance le directeur sur le bas-côté. Kathy peut continuer et dit alors à son entraineur : "Je veux finir à genoux s’il le faut, sinon personne ne me prendra au sérieux". A l’arrivée, elle a mis une heure de plus que le temps effectué l’année précédente par Roberta Gibb. Mais les photos de l’incident sont diffusées dans la presse américaine et étrangère. Kathrine Switzer est disqualifiée et est suspendue par la fédération américaine d'athlétisme, qui s’obstine à interdire aux femmes les courses sur route.

Kathy milite alors activement et avec succès pour que les femmes, dans le monde entier, puissent participer aux courses de fonds.  En 1972, elle termine deuxième du marathon féminin de Boston. En 1974 à New York, elle remporte la première place en 3H 07 mn 29 s. Grâce à son combat, en 1984 -enfin !- aux JO de Los Angeles, se déroule le premier marathon olympique féminin.

Le 17 avril 2017, à 70 ans - un demi-siècle  après sa première participation - Kathy Switzer court pour la neuvième fois le marathon de Boston, avec le même numéro de dossard qu'en 1967. C'est son 40ème marathon !

En avril 2018, il y a un an presque jour pour jour, elle participe au marathon de Londres, qu'elle termine en 4 heures 44 minutes et 49 secondes.

Total respect pour Kathrine Switzer !

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