Figure légendaire de la publicité, la Mère Denis est connue de tous les Français. Un destin tardif et heureux qui fit de cette humble femme une véritable icône. "Ca c'est ben vrai, ça !"

Mère Denis, de son vrai nom Jeanne Marie Le Calvé, célèbre héroïne de publicités pour la marque de machines à laver Vedette, le 1er juillet 1983, à Saint-Hymer (Calvados).
Mère Denis, de son vrai nom Jeanne Marie Le Calvé, célèbre héroïne de publicités pour la marque de machines à laver Vedette, le 1er juillet 1983, à Saint-Hymer (Calvados). © AFP / MYCHELE DANIAU

Sixième enfant d'une famille de paysans pauvres, Jeanne Marie Le Calvé nait le 9 novembre 1893 à Kerallain, dans le Morbihan. A onze ans elle est placée comme fille de ferme. À 17 ans, la voilà mariée à Yves-Marie Denis, employé de la Compagnie des Chemins de Fer. Le couple quitte la Bretagne pour la Normandie et s'installe au Buat, dans la Manche. Pendant vingt-sept ans, Jeanne exercera le métier de garde-barrière sur la ligne Carentan - Carteret tout en élevant cinq enfants dont trois survivront.

Au bout de 27 ans, lasse d’entendre siffler les trains toujours aux mêmes heures, la garde-barrière décide de s’aiguiller vers une autre vie. Elle quitte mari et passage à niveau pour devenir, à partir de 1944, lavandière au lavoir de Gerfleur près de Barneville-sur-Mer. Reconversion hélas aussi peu rentable que confortable ! D’une part, sa démission de la Compagnie des Chemins de Fer fait perdre à Jeanne tous ses droits à une pension, d’autre part lavandière n’est pas un métier de tout repos. 

Le terme "lavandière" désignait toute femme, ménagère, employée de maison ou professionnelle, qui lavait le linge essentiellement avec des cendres et de l'eau chaude, puis à la main et au battoir dans un cours d'eau ou un lavoir. Trempage, lavage, frottage, rinçage, essorage, séchage...Ces tâches effectuées à genoux, en toutes saisons, étaient éreintantes au sens propre comme au sens figuré, avec à la clef engelures, arthrite, rhumatismes...Les lavandières revenaient chez elle complètement lessivées. Par ailleurs les blanchisseuses s'occupaient du linge fin, soit des beaux habits ou des vêtements à dentelles. Les blanchisseuses enfin, travaillaient souvent de concert avec les _repasseuses_.

Revenons à Jeanne Denis. De 1944 à 1963, elle "batouille" au lavoir de Gerfleur pour enfin, à 70 ans, lâcher le battoir et toucher une retraite misérable. Mais neuf ans plus tard, son destin va basculer...

En 1972, un publicitaire, Pierre Baton, qui connait la Mère Denis, car il passe ses week-ends près de chez elle, a une idée insolite. Alors que la pub a tendance à mettre en scène des pin-up, Pierre Baton va associer la rusticité, l’efficacité et l’authenticité de la vieille et sympathique lavandière à la modernité d’une nouvelle machine à laver. 

Et ça marche ! La campagne de pub "Mère Denis" connait  un énorme succès. Six autres suivront et les ventes de machine à laver Vedette fond un bond considérable. Mais la nouvelle vedette, c’est  surtout la Mère Denis, qui passe de l’anonymat à une formidable notoriété. 

A tel point qu’en 1982, à l’occasion de la publication de ses mémoires, elle est invitée à Apostrophes et Paris Match la désigne comme personnalité la plus marquante de l‘année ! En 1983, la marque Vedette s’engage à lui verser une rente viagère. Geste apparemment généreux, mais si l’on tient compte des bénéfices énormes engrangés grâce à la Mère Denis, c’est peanuts !  

Pressentie par Louis Malle pour incarner Martha, la mère de Milou, dans "Milou en Mai", la Mère Denis meurt avant le tournage le 17 janvier 1989, âgée de 96 ans. Quand tant de vedettes tombèrent dans la misère et l’oubli après avoir connu la gloire, la Mère Denis quitta la vie après avoir fait le chemin inverse. "Ca c’est ben vrai, ça !" 

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