Les ados sont accros aux réseaux sociaux, on le dit, on s’en inquiète. Parfois à raison… Et parfois on se trompe : parce qu'Internet c’est aussi le lieu de tous les possibles.

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Lire passionnément © Getty / jhillphotography

C’est l’histoire d’une fille qui aimait les histoires…

Et qui, sans faire d’histoires, se mit à en écrire. Comme, ça, chez elle, le soir, toute seule, dans le noir… Quand elle est née, faut dire, Estelle Maskame n’avait pas beaucoup d’espoir… De sa fenêtre, à l’horizon, elle voyait une prison. Monument emblématique de la ville où elle grandit : Petershead, port de pêche britannique, en Ecosse pour être précis. Un frère un peu trop grand, deux parents certes aimants mais, elle s’ennuie. La journée, au collège, elle s’ennuie et regarde : les filles un peu plus jolies, les garçons toujours un peu cons. Elle regarde et elle rêve : tiens, et si ? Et si celle-là pouvait embrasser celui-ci ? Mieux : et si celle-là pouvait être moi, mais moi en mieux ? De son stylo elle tapote, la tranche de son cahier, elle note : ses impressions, ses observations, laisse courir son imagination. Dès le biberon, elle en a avalé, de la passion, de la romance échevelée. Ce qu’elle aime, Estelle Maskame, c’est des histoires à happy end. Oui, mais quand ça commence, faut que ça craigne. Que ce soit difficile, compliqué, que les obstacles en apparence, soit impossibles à surmonter. Elle y pense, mais ce qu’elle trouve, ce qu’elle lit, lui semble toujours bien fluet : une belle-mère jalouse et tueuse, une fée empoisonneuse ? Pfff… Des broutilles pour jeunes filles. Les contes se la racontent, mais Estelle est déçue : elle veut un meilleur début. Les mois passent et elle continue de chercher, de rêver, d’imaginer. Et puis un jour, ça y est ! Elle sait comment commencer…

Alors le soir, chez elle, toute seule, dans le noir, Estelle écrit son histoire. C’est l’histoire d’Eden, ado naïve, discrète, secrète, effacée. Eden vit seule avec sa mère divorcée, un jour le père les a abandonnées. Trois ans sans nouvelles, et paf ! le paternel réapparaît. Il s’est remarié, s’est installé aux Etats-Unis en Californie - Santa Monica pour être précis. Ca sent le fric, de loin, ça fait chic, mais y a du soleil, là-bas, il paraît. Ca lui ferait du bien, à Eden qui vit sous la pluie. Le père invite Eden à passer l’été avec lui. Eden ne veut pas, Eden est fâchée, mais Eden n’a pas le choix, alors elle y va. Là-bas, elle le sait, elle va rencontrer ses trois demi-frères : une tannée. Elle va devoir jouer les baby-sitters, avec eux, la plaie… Sauf que pas du tout, parce qu’ils ont son âge, c’est fou. Tyler est l’un deux et évidemment, il est brun, ténébreux, solitaire et mystérieux. Les épaules courbées, par un lourd, trop lourd passé, il est fuyant. Mais aussi arrogant, pédant, méchant... Désespérément craquant. Eden tombe amoureuse, mais le peut-elle seulement ? Plus qu’impossible, leur amour est interdit. Même si frère, il ne l’est qu’à demi.

Le soir dans le noir, Estelle écrit, mais elle n’en dit rien à personne. Peur qu’on lui dise : abandonne. Génération 2.0, elle préfère les réseaux sociaux. Des textes mis en ligne, des lecteurs anonymes. Des échanges, des critiques, mais au moins, un public. Agora technologique, c’est une plateforme où son roman prend forme. Sur WattPad elle s’inscrit, elle écrit, elle publie. Et le lecteur suit. Eden pleure ? Le lecteur pleure aussi. Tyler sourit, le lecteur applaudit. Page après page, l’audience grandit. Le baiser à pleine bouche, forcément, fait mouche. Bouche à oreille aidant, c’est un succès, c’est fulgurant. Estelle cartonne, tout le monde s’étonne. Bien vite la télé veut l’interviewer. Bien vite un éditeur veut aussi l’éditer. En quelques mois, c’est fait, c’est signé. Juste avant la fin du lycée. Adieu l’université. Estelle arrête tout, écrit la suite, un point c’est tout. « Did I Mention I Love You », est-ce que je t’ai dit que je t’aime, c’est le titre de la saga Maskame. Tome 1, tome 2, tome 3, Tyler revient, Tyler s’en va, mais ça marche à chaque fois. En Ecosse, à Petershead, mais aussi dans le monde entier. Quatre ans plus tard, on en est là. Meilleures ventes de l’année. Qui l’eût cru ? En France 165 000 exemplaires, vendus. C’est qu’on appelle un best seller, en tous cas, ça en a l’air. Quatre ans plus tard, le happy end ? Non, car... Chez elle, le soir, toute seule dans le noir, Estelle écrit la suite de l’histoire et… Eden et Tyler finiront-ils par s’aimer ? Chut, ça, c’est encore un secret.

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