Les réseaux sociaux ont le don d’offrir une seconde vie à tout ceux et tout ce qui serait menacés d’obsolescence programmée.

En l’occurrence, on assiste en ce moment à la renaissance d’une poupée que des générations de petites filles ont adoré… Démembrer. Vous, en tous cas, Giulia Foïs.

C’est l’histoire d’une blonde peroxydée, une blonde toute plastifiée ; une blonde qu’enfant, on voulait, toutes pouvoir un jour recopier, avant d’y avoir renoncé, et, oui, alors pour se venger, on a voulu la démembrer. Barbie, pour ne pas la nommer, l’amie / l’icône en silicone (ventre plat, taille fine, longiligne, belle poitrine), l’idéal de beauté, sur des générations, nous a accompagnées, de maison en maison. Aux époques, adaptée. Et les modes ? Embrassées. Quand elle naît, au départ, elle est femme au foyer. Bouche rouge et peau blanche, elle a un peu de hanches. Et puis dix ans plus tard, le temps des droits civiques, Barbie épouse l’histoire et elle devient ethnique : qu’elle soit noire ou latine, elle est toujours mutine, elle ne fait pas d’histoire, elle aime le shopping.

Révolution des moeurs, libération des meufs, les années soixante-dix la voient se diversifier. Et plus passent les années, plus elle change de métiers. Au début elle est infirmière, et puis elle est hôtesse de l’air. Mais elle est aussi secrétaire, quand elle n’est pas vétérinaire, grand reporter ou femmes d’affaires. Un jour elle devient policière, le lendemain elle est cavalière. Attention elle peut aussi faire le docteur, ou le professeur. Parfois elle est un ingénieur informaticienne, comédienne, quand elle n’est pas chirurgienne. Ou bien styliste, ou bien pianiste, parachutiste, chapeau l’artiste ! Car Barbie est aussi danseuse, chanteuse skieuse et patineuse. Maquilleuse, plongeuse, ou golfeuse ; joueuse de tennis, maître nageuse. Le tout à niveau Olympique, présidente de la république, ou bling bling prof d’aérobic.

Résultat Barbie est claquée. Vannée, pliée, elle est crevée. A deux doigts de dire qu’elle est tapée… Faut dire que ses soixante années, commencent à se voir, sur ce visage, qui jusqu’ici, n’avait pas d’âge. Le tournant du siècle est fatal, les ventes s’enrayent, c’est abyssal. La star qu’on avait adorée a eu vite fait de se faire lyncher. On l’accuse d’être une femme objet, d’être une incarnation sexiste. Irréalistes, ses proportions, auraient attisé nos complexes et sur plusieurs générations. On reproche à Barbie l’idole, d’être totalement hors sol. De la plus crue réalité, complètement déconnectée. Pourtant elle a tout essayé, pour surtout ne pas se faire doubler, par la Reine des Neiges cette garce, ou cette Raiponce, ah mais quelle farce ! Oui Barbie a voulu muter, s’ouvrir à plus de mixité. La couleur de sa peau changer et par huit fois se nuancer. Dans la foulée, elle a varié : c’est 18 couleurs pour les yeux et 23 autres pour les cheveux. Parfois rasés, même, les cheveux. C’est que Barbie est généreuse et songe aux petites cancéreuses… Qui elles aussi ont bien le droit, de s’identifier, croyez-pas ? Idée de génie, qui fait penser, à cette Barbie, handicapée. Encore pour la diversité, le fabricant avait trouvé, que la mettre en fauteuil roulant, montrerait comme son cœur est grand. Un peu trop grand pour la maison, le fauteuil rentre pas dedans, c’est con. Ce fut un tollé provoqué, par une Barbie déjà conspuée.

Enfin bref la brèche est ouverte, il n’y a plus qu’à s’y engouffrer. L’icône s’effrite, on en profite. Qui veut fouler l’idole aux pieds ? C’est bien le moment, ou jamais. Quand Mattel tente un hologramme, dernier avatar de la dame, voici qu’un compte sur Instagram, offre à Barbie… Un retour de flamme. Sur les réseaux, c’est un carton. Et on aime son nouveau surnom : « femme trophée » pour mieux détourner, les codes de la femme parfaite, celle qu’on est toutes censées être. D’où les cornes qu’elle porte sur la tête, des cornes de cerf, le poids de la bête, celui de l’injonction sociale, de se conformer à l’idéal. Cette Barbie là est bien plus vraie, bien plus drôle, plus punk, c’est un fait. A la poubelle, le quinoa, Barbie se gave de pizza et elle s’enduit de Nutella. Parfois elle a la gueule de bois, c’est que le vin, elle aime ça. Elle fume aussi comme un sapeur, et pas que du tabac, ma sœur. Aux conventions ? Un doigt d’honneur et aux réacs de tout poils, elle rappelle qu’elle en a, des poils. Elle a aussi de la cellulite, des vergetures et des otites. Et c’est pas son cycle menstruel, qui l’empêchera d’être belle. Barbie badass comme on l’appelle, ou dure à cuire pour toutes celles, qui ne comprennent pas l’anglais, c’est une Barbie réconciliée, avec l’enfant qu’on a été. Une femme comme on est devenues, de chair, de sang, ni moins, ni plus.

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