Un homme, une femme, qui ne s’étaient jamais vus, et qui sans s’être parlé non plus se sont plu, se sont connus, aimés, trouvés, par Twitter interposé.

La femme, c’est Victoria. L’homme c’est Jonathan. A deux, ils ont soixante ans et vivent à Londres douze mois par an. Capitale britannique, vivier des comédies romantiques. L’histoire en a les ingrédients. Le contraste, d’abord, c’est frappant. Elle porte les cheveux roses et des robes à volants ; il préfère la cravate, le costard, c’est seyant. Victoria est une artiste ; Jonathan fait … Clown triste. Elle est fantaisiste, énergique, dynamique ; comme il est ironique, voire froid, voire cynique. Ce qu’elle aime dans la vie ? Les foulards à pois, les pizzas, les chihuahuas aussi. Va pour la pizza, ça lui va, ça lui dit, même si de nous à lui, il lui préfère le thé. Ca n’est pas de moi, juré, c’est sur leur compte Twitter, qu’ils nourrissent souvent : ils sont célibataires, alors ils ont le temps.

Tout séparait donc bien nos deux futurs amants… Un point commun tout de même, écrire, hum, ça, ils aiment. Lui se rêve écrivain, elle, on ne sait pas trop bien. En attendant, on tweete : 140 caractères, ça va plus vite. Et puis ils aiment lire, ça rattrape, faut dire. Elle, les romans d’amour. Lui, est très science fiction. Mais qu’importe, pour eux, ce qui compte, c’est l’émotion. L’action. La sensation, de pouvoir quitter, l’espace de quelques pages, la triste morosité d’un quotidien trop sage. Lire est leur échappée, ils y passent leur journée et presque nez à nez. Oui, car évidemment, le hasard s’en est mêlé. Celui qui vous savez, souvent fait bien les choses, fait que la fille aux cheveux roses, choisisse comme librairie, justement celle qui… Celle qui… Vous suivez, Ali ? Celle qui emploie Jonathan, pardi ! Il est pour elle ce qu’on appelle « Community Manager »… Autrement dit, c’est lui qui gère : le Facebook, le Twitter, c’est lui qui écrit. Les réponses au client, les annonces d’événements… Derrière tout ça, c’est lui. C’est donc lui qu’elle lit. Victoria lit et rit. Elle sourit, et trouve tout bien écrit. Elle aime son ironie, sa culture l’impressionne, et cette syntaxe, mon dieu, quel homme !

De tweet en tweet, ça prend. Rivée sur son écran, Victoria ne lit plus de livre, plus de roman, plus le temps. Jour après jour, elle court, elle vole : sur ce fil qui l’aimante et là son cœur décolle. Elle en aime chaque mot, elle en goût chaque ligne ; de l’une à l’autre, bientôt, bien sûr, elle imagine. Les mains, les yeux, la voix, de Jonathan. Wouah… Il est beau, forcément. Il est gentil, c’est évident. Il aime les chihuahuas ? Certainement… En tous cas, c’est peut-être, c’est sûrement, enfin, lui, son prince, charmant… (Soupir). N’en jetez plus, c’est tout vu. Victoria n’en peut plus. Cette attente l’a rompue… Mais elle a ce qu’il faut, d’audace et de culot, pour se pincer le nez et se jeter à l’eau. Pour qu’il y ait une histoire, il faut qu’il y ait l’espoir. Pour qu’il y ait une romance, un brin d’insouciance. C’est ainsi qu’un beau jour, la fille aux cheveux roses lui écrit à son tour, oui, elle ose. Qui que tu sois, je t’aime. Je suis amoureuse du CM, toi qui tiens ce compte twitter que je connais par coeur. Une bouteille à la mer, et l’histoire s’accélère. Jonathan lui répond, en message privé. Amusé et flatté, il se met à flirter. Elle embraye, la coquine. Correspondance mutine, entre deux anonymes. Ils parlent littérature, échangent sur leurs lectures. Et puis deviennent intimes, au diable la culture. Tu aimes les chihuahuas ? Non, je préfère la pizza. Ca tombe bien, j’adore ça. Si on s’en faisait une, toi et moi, juste comme ça. Jonathan invite Victoria. Et Victoria dit oui. Et oui encore à la mairie, quelques semaines plus tard, quelques pizzas plus tard, quelques centaines de tweet plus tard. La magie a opéré ; la foudre, elle, a frappé : ils ont fini par se marier. Confettis, robe blanche, cheveux roses, tout y était. Et la photo ? Evidemment, ils l’ont twittée.

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