Les pères nouvelle génération, c’est aussi sur les réseaux sociaux qu’on les retrouve…

Raconter l'accouchement de sa femme de son point de vue de père, une bonne idée ?
Raconter l'accouchement de sa femme de son point de vue de père, une bonne idée ? © Getty / BSIP

C’est l’histoire d’un brumisateur pressé sur un visage en sueur… Et elle pousse et elle crie, il appuie, appuie… C’est plus de l’eau, c’est de la pluie. Il arrose tout ce qui passe, et tente de faire face. Et elle pousse et elle crie, mais dans sa tête à lui, il cherche une sortie de secours, l’incendie intérieur qui l’enflamme, et là-bas la sage-femme, qui ne le regarde même pas. Il se demande ce qu’il fait là. Il se sait transparent, il craint d’être gênant. Et elle pousse et elle crie, il appuie, il appuie. Au moins le brumisateur lui donne une contenance, c’est quelque chose à faire contre son impuissance.

C’est pas moi qui le dit, c’est même lui qui l’écrit, en Février dernier, quand il a accouché. Ah non, ça, c’était elle, lui il l’a raconté. Sur Twitter, partagé, la nuit qu’il a passé. La valise bourrée à craquer qu’il a pourtant fallu porter ; l’hôpital où il faut foncer, et conduire à bride rabattue, jouer les cowboys dans la rue ; et là attendre, et là compter, les minutes que dis-je, les heures et foncer au distributeur, pour plier des litres de café et toutes ces barres chocolatées – on saura tout, dans le détail, tout de la phase de pré-travail.

C’est alors que les choses s’accélèrent, et en 140 caractères, notre prolixe futur père, raconte la suite : rien ne se perd. Le moment de la péridurale : il voit l’aiguille, ça lui fait mal. Le tabouret où il est assis, au moins, sa femme, elle a un lit. Sa femme qui ressemble à Gandhi, tellement elle est zen, pas comme lui. Elle a tout appris, tout compris, faut dire elle s’était préparée, elle savait ce qui l’attendait, tandis que lui, il a zappé. Alors il se sent tout petit, face à elle qui, à peine, gémit. C’est sûr pour elle, c’est le paradis. Il la regarde et il l’envie ; il la voit des pieds à la tête et la compare à une courgette : me demandez pas, j’ai pas compris. C’est peut-être parce qu’elle n’a rien dit, chaque fois que la sage-femme a mis, « un doigt dans sa femme », devant lui. Me regardez pas comme ça Ali, je me contente de raconter, le récit que cet homme a fait, de ce qui ressemble, à s’y tromper, à l’Exorciste, version twittée. Il y a du gore, c’est Predator. Ou c’est Star Wars, ou c’est Alien, notre homme n’est jamais à la peine, devant une métaphore filée. Un blockbuster, un film d’horreur, voici ce qu’a vécu l’auteur, de tous ces tweet, bien inspirés. Un film dont il serait le héros, un peu tocard, un peu Rambo, mais attention, Rambo qui pleure, qui pleure sur son brumisateur… Rambo au bout de 22h, va surtout pleurer de bonheur : car voici enfin venue l’heure de la délivrance attendue. Il pleure, il rit, il ne sait plus. Et la courgette ? Ca va, merci. Il ne le dit pas, mais on le déduit.

On le déduit, et puis on rit. Il faut dire que c’est bien écrit. C’est innocent, et c’est touchant, c’est parfois drôle, même, c’est marrant. D’ailleurs ils ont bien rigolé, les twittos qui ont partagé : toute cette histoire, ils ont aimé. Les hommes d’abord qui ont lu, qui s’y sont assez bien reconnus. Du film d’horreur, jusqu’aux pleurs et même le brumisateur… Alors ils tweetent : « bravo, mec, t’es courageux », toi, t’as des pecs. Ils applaudissent et plussoient, ils écrivent : « j’ai été comme toi ». Moi aussi j’ai flippé ma race, moi aussi j’ai perdu la face… Je me suis parfois senti con, mais tu sais quoi, j’ai tenu bon. Le sentiment d’être inutile, fait naître une amitié virile.

Mais c’est alors que sur tweeter, déboulent des femmes en colèreMarre de ce discours victimaire… Marre des ces plaintes, marre ces pères qui se croient toujours prioritaires… Qui ose comparer leur souffrance, à celles qu’endurent les futures mères… A coup de tweet incendiaires, elles rappellent que l’accouchement, c’est pour les femmes LE moment, où pour une fois tout va tourner, autour d’elles et elles sont censées, pouvoir enfin prendre la parole et jouer cette fois, le premier rôle. Alors oui c’est à enrager, de voir tous ces pères se faire mousser, se mettre en avant sur twitter et à grand coup de brumisateur.

Tiens le revoilà, lui… Où il était, pendant que ces gens s’étripait ? Il n’a pas disparu c’est sûr, alors que tout le monde se rassure : son arme, ou mieux, son bouclier, le père dit qu’il l’a gardé. Vestige du rôle qu’il a joué, même tout petit, ben, c’est sacré.

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