Vous nous emmenez en Turquie, dans l’arrière-salle d’une boucherie et vous nous dites, que, oui, une boucherie ça peut-être très sexy, surtout quand les réseaux sociaux s’en mêlent

Capture écran page instagram de Nursret Gökçe
Capture écran page instagram de Nursret Gökçe © Nursret Gökçe

Alors d’ailleurs, Ali, pour l’occasion, j’ai demandé à Jérôme Boulet une ambiance de circonstance, une atmosphère un peu plus cosy, un peu plus han han, vous voyez ? Allez, c’est parti…

C’est l’histoire d’un homme… Un homme au carré, mâle alpha si vous voulez… Virilité hyper-trophiée, tout en muscles bandés, en peau mate épilée, un mec, quoi, un vrai, qui, en quelques photos, quelques vidéos, négligemment lâchées sur les réseaux sociaux, prouva au monde entier, le potentiel sensuel, immense, mais ignoré, d’une pièce de boucher.

Nusret Goktche, autant le nommer, propriétaire florissant d’une chaîne de restaurants, aime se mettre en scène, ça se voit, ça se sent. Ses yeux noirs pénétrants, braqués sur l’objectif, il pose à la Brando et fume comme Castro, quel kif… Des cheveux longs de jais, soigneusement huilés, ramenés sur les côtés, tirés en queue de cheval, il porte un bouc l’animal. L’homme a son uniforme, le costume sans les plumes : veston noir serré, T Shirt col en V, c’est moulant, rutilant, et sur lui c’est seyant ; un keffieh, plus rarement - ça fait couleur locale quand il est à Dubaï, en voyage, en promo, chez ses meilleurs clients.

Mais c’est dans son labo qu’il est le plus fringant… Dans son arrière boutique, que Nusret est magique. En fond sonore, musique. De la pop, du classique, là-dessus, l’homme est éclectique. Lunettes noires sur le nez, vidéo enclenchée, trois deux un tournez. D’abord il faut choisir, la bête à équarrir, l’élue qu’il va filmer…

Par ici mon canard, je ferai de toi une star… Mais t’as de beaux yeux ma dinde, ah vraiment, tu me rends dingue. Eh toi là bas, le veau, t’es chic, viens donc faire le beau. Nusret s’avance, Nusret se baisse, en tête à tête avec la bête. Il lui fait les yeux doux, lui murmure dans le cou. Il caresse une épaule, d’agneau, effleure une poitrine, de bœuf et c’est la teuf. Ses doigts courent sur l’échine, tu sens bon, petite coquine. Par les pattes, il la prend, la retourne, doucement. Et là, paf ! Une fessée, ça fait circuler le sang. Un regard caméra, une seconde, un moment, Nusret capte l’instant : la vache, je suis filmé, j’avais presque oublié... Nusret reprend sa danse, son pas de deux, sa transe… Il chaloupe, il balance, il la tient par les hanches. Et d’un coup il la plaque, sur le billot, ça claque – âmes sensibles soyez rassurés, aucune bête ici n’est tuée, elle est morte, vous savez, quand elle arrive chez le boucher. Ali, pardon, vous devrez sans doute gérer des tombereaux de mails outragés. Mais moi, je dois continuer… Je reprends, j’en étais où ? Il me trouble, ce Nusret, c’est fou. Ah oui le billot, ah oui, le couteau…Et voilà le brio… De l’artiste boucher, du virtuose sans tablier. Car sous nos yeux écarquillés, il va sans une seconde hésiter, sans faux pas, sans raté : effleurer, inciser, piquer ; entailler, cisailler, taillader ; ciseler, chapeler émincer ; dégraisser, débiter, décolleter ; ététer, écimer, décapiter ; trancher, échancrer, chantourner – oui, chantourner ; mais aussi expurger, et aussi extirper, et enfin disséquer, ou encore trançonner. Ils sont là, en morceaux, devant nous alignés. Filet, onglet, collier… Couchés, allongés, alanguis on dirait. Tendresse pour le tendron, et le paleron ? Passons.

Reste un ultime geste, qui valut à Nusret toute sa réputation. Main gauche sur le côté, coude replié. Main droite vers le ciel, elle plonge dans le gros sel. Il en prend une poignée. Image fixe, plan serré, c’est bossé, c’est beau, c’est comme un danseur de flamenco. Et puis doucement, dans ses doigts de fées, les cristaux vont filer... Un à un ils se répandent, d’un bout à l’autre de la viande. Zoom avant, ralentissant, gros plan : le boucher sait faire de l’effet. Là il est maximal, apothéose, bouquet final, c’est un festival, et sa boucherie, le Taj Mahal. Mais je m’emballe. 1millions de fans sur Instagram, ça calme.

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