Les réseaux sociaux ont permis une nouvelle forme de violence entre leurs utilisateurs et notamment les plus jeunes… Focus sur le « revenge porn ».

Le Revenge Porn : quand, après une rupture, l'un des ex partenaires diffuse sur internet des images très intimes...
Le Revenge Porn : quand, après une rupture, l'un des ex partenaires diffuse sur internet des images très intimes... © Getty / JGI/Tom Grill

C’est l’histoire d’une rupture qui a mal tourné, pas de sang mais des larmes, de la haine et du laid, avec tout le vacarme que fait le fiel versé. Et pourtant les débuts étaient bien gentillets…

Ils se séparent, ils ne s’aiment plus. C’est lui qui part, mais elle non plus, n’avait pas envie de continuer. L’histoire durait depuis 18 mois, une éternité à cet âge-là. Les deux ont à peine 20 ans, autant dire qu’ils ont tout le temps. Pour tomber amoureux encore et désirer encore plus fort. Et d’ailleurs elle ne tarde pas à se nicher dans d’autres bras…

Ah, ça lui il ne supporte pas.

C’est d’abord un coup de téléphone, passé en numéro masqué - on peut pas dire que le jeune homme soit d’un courage patenté. Il est agressif, énervé, alors elle lui raccroche au nez. Tant pis il passera par les mails, et même sa boîte professionnelle en sera bien vite inondée. Tous les jours c’est le même message : ça suinte la jalousie, la rage ; il éructe, vomit et insulte, c’est du « salope » et c’est de la « pute ». « Comment tu peux me faire ça à moi ? » : tous les jours il pose la question. Il n’y a pas d’âge pour être con. Pour croire que l’autre nous appartient, même quand on l’a largué en chemin.

Et elle de l’autre côté de l’écran ? Elle ne bronche pas, elle serre les dents. Espérant que ça va lui passer, que son silence va l’épuiser.

Elle tente bien de se concentrer, et elle essaie d’oublier, ce bip qui la fait sursauter, qui dit qu’un mail est arrivé. Ne pas l’ouvrir, ne pas regarder, ne pas lire, et ne pas pleurer, ne pas sentir son ventre se nouer. Et surtout ne pas prendre peur, quand l’ex menace de se venger.

Surtout ne pas croire ce loser, quand il dit qu’il va diffuser, à ses proches comme à son bureau, et sur tous les réseaux sociaux, toutes les photos, les vidéos, qu’il a d’elle, bien gardées au chaud. Ces souvenirs d’une intimité, des caresses qu’ils ont partagés.

Elle n’était pas très habillée et à priori, lui non plus. Sauf que lui tenait l’appareil, alors c’est elle qui se retrouve nue. Elle l’aimait, elle avait confiance, et c’est donc en toute innocence, qu’elle s’est offerte, qu’elle a posé. Elle avait même bien aimé, sauf que maintenant, elle va payer – pour un crime aussi millénaire qu’il est bien sûr imaginaire : une femme qui aurait du plaisir ? Et peut-être même du désir ? Mais ça va pas non, quelle sorcière ! Qu’elle aille donc brûler en enfer…

Et dans l’enfer 2.0, on grille même en accéléré. Tout va très vite, c’est une traînée de poudre qui va inonder les boîtes mail de tous ses amis. Tous ses proches qui vont pénétrer sa plus secrète intimité, sans même l’avoir demandé. Et c’est son père, le premier, qui a l’honneur d’être ciblé. De voir sa fille, sur ces photos, c’est un cauchemar, fait froid dans le dos.

Il faut aller voir la police, il faut que cesse ce supplice. La jeune femme ne veut rien savoir : elle a trop honte, toute cette histoire, c’est sûr, va retomber sur elle. On va lui demander ce qu’elle est allée foutre dans cette galère. On va lui demander pourquoi, pourquoi ces clichés, pourquoi faire ? Le père insiste, il met des mots, il dit qu’envoyer ces photos, ça ne se fait pas, que c’est même puni par la loi, que ça s’appelle du harcèlement, c’est un délit, absolument ! Elle est victime et pas coupable, il faut qu’alors, elle soit capable, de se défendre, de le stopper et même de lui faire regretter.

Elle finit par être d’accord, elle se rend au commissariat.

Et c’est d’une toute petite voix, qu’elle doit raconter son histoire, à un inconnu qui l’ignore. Une plainte pour ça ? Et quoi encore ? Vous avez de la chance jeune fille, ça n’est pas grave, c’est des broutilles. S’il n’y a pas d’atteinte physique, alors il n’y a pas de poursuites. Une main courante, à la limite, voilà ce qu’accepte le flic.

Hors de question de se laisser faire, tempête le père, rouge de colère. Il prend alors son téléphone, et décide d’appeler le jeune homme. Il le menace, il lui fait peur. Il dit que les flics sont avertis, qu’il ferait mieux de se faire tout petit.

Faut croire que ça lui a suffit : les photos ont cessé de tourner et plus aucun mail envoyé. Simplement depuis tous les ans, elle reçoit sur son compte twitter, le même message d’un inconnu, ce quelqu’un qu’elle a bien connu. Il lui écrit : « Tu te souviens de moi ? J’espère que tu ne m’oublies pas ».

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