Cette génération 3.0 maîtrise donc parfaitement les réseaux sociaux… C’est à elle qu’on doit, tout récemment encore, une drôle de vague qui a déferlé sur twitter.

C’est l’histoire d’une bande d’ados, de Denver, Colorado.

Assis sur des chaises, debout sur la table, dans leur salle de classe, devant le tableau… Les mains dans les poches, sur un téléphone, sous le menton, alors paf ! Photo. Zoom, dé-zoom, pano, ah, non, c’est une vidéo. Parfaitement immobiles, ils ne bougent pas un cil. Statues de chair et de sang, ils tiennent la pose, c’est saisissant… On s’en frotte les yeux, c’est contagieux. Les ados savent faire parler d’eux. A peine filmée et hop, la vidéo postée sur les réseaux sociaux. Elle plaît, on fait tourner. Le challenge est lancé. Mannequin challenge, c’est comme ça qu’on l’a baptisé. Drôle de compétition. Tout de suite, belle émulation. D’abord le préau des lycées, puis les dalles des cités. Il faut : se regrouper, choisir un lieu emblématique, trouver un geste symbolique, tous ensemble composer, une scène qui reste à peu près esthétique, et là, ne plus bouger. Et là, tourner, filmer. Et là poster, twitter, à son tour partager.

Le défi amuse, réjouit, donne des idées… Les sportifs sont les premiers à plonger : des footballeurs, des basketteurs, et mêmes des gymnastes aux agrès. La compétition, ça les connaît. Filmés en plein action, il y a même une bande son désormais… Ce titre : « Black Beatles », noir scarabées. Oui, car entre temps, un groupe de rap s’en est emparé, en direct, en live, dans une salle de concert bondée. Ca dit le cool, ça sent le swagg, ça devient culte… Alors même les adultes finissent par y aller. En salle des profs, en open space, étranges tableaux composés pour ce mannequin challenge pas du tout improvisé.

Facebook, twitter, tout le monde s’y met… Et comme ici les frontières, appartiennent à une ère obsolète, révolue, d’un clic à l’autre, ce challenge incongru, déferle sur la planète entière… En Côte d’Ivoire, en Italie, aux Philippines, on en a vu. Ici aussi, bien sûr, ça a plu. Tenez celle-ci… Que, personnellement, j’avoue, j’ai applaudi. Les mains, pas dans les poches, non, mais sur un téléphone, oui. Ou sur une caméra. Ou sur un micro. On est dans un bureau. Une rédaction, plutôt. Celle d’I Télé…

I Télé, 22ème jour de grève, « rédaction à l’arrêt ». C’est un slogan, c’est un sous-titre, qui leste d’un message des mannequins qu’on trouvait un peu légers, un sens pour un challenge qui semblait en manquer. On n’est pas sérieux quand on a 17 ans. Alors quand on reprend leurs jeux, tout de suite, il faut jouer les grands. Montrer qu’on est comme eux, mais en mieux. Que nous, on sait ce qui est important.

On sait se bouger, se motiver, aller voter. Hachtag election today, vote today, c’est comme ça qu’elle l’a joué, son mannequin challenge, Hillary Clinton… Car elle aussi, a donné de sa personne. A bord d’un avion, avec toute son équipe, Jon Bon Jovi en prime, c’est épique… C’était la veille de l’élection, des démocrates en pleine opération séduction. Il leur fallait la jeunesse américaine… Mais pas la peine. Il est déjà trop tard... Car la suite, on la connaît et twitter, c’est un art… Art de l’éphémère, art de l’instant t, où une journée vaut une éternité… Ca part en fusée, mais à peine nées, les comètes ont déjà filé. Commencent à sentir le sapin, ces mannequins… Chez nous, ils dégringolent, dans les émissions de télé-réalité et on se gondole… Mais là-bas, aux Etats-Unis, la page est déjà tournée… Ca va vite, on vous dit.

L’Amérique a voté. Hillary vaincue, le mannequin challenge a vécu, le Trump is coming est apparu. Déjà la génération 3.0 a repris le dessus. Sous les préaux, dans les cités, c’est reparti. Nouveau défi. L’idée ? Se rassembler et puis hurler : « Trump is coming », attention, Trump va débouler. Ca fait flipper, alors on part en courant, on court en hurlant, on filme évidemment, on poste, forcément… Ca dit la peur qui a pris le monde entier, ça moque la meute qu’on a été, ca dit la réactivité d’une génération souvent snobée… La question c’est : Ali, quand est-ce qu’on s’y met ?

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