« Un cado pour un charclo », c’est le nom d’une association lilloise qui propose d'offrir un cadeau à des sans domicile fixe, pour que ce soit un peu Noël aussi dans la rue.

C’est l’histoire d’Arthur...

Arthur a 20 ans, il est étudiant, en commerce à Lille, petite vie tranquille, visage poupin, sourire tout plein - de dents, tous les matins, il fait le même chemin… Tous les matins il passe, devant cet homme, en place, sur le trottoir d’en face… Il est assis, il ne dit rien. Il ne fait rien, non, il attend - il tend, peut être la main… Un sans abri, c’est certain. Un être humain, on dirait bien. Un peu crasseux, un peu pouilleux. Alors Arthur baisse les yeux. Avec un peu… De chance il oubliera qu’il a, ce matin là aussi, pressé un peu le pas… La misère s’efface, si on ne la voit pas. Du moins, c’est ce qu’on croit. Les jours passent et l’homme ne bouge pas. A force, il devient familier. Alors un jour Arthur lève le nez. Plus fort que lui, il regarde le sans abri. Foutu, il l’a vu. Plus possible de faire comme si. Les jours passent et les deux se font face, échangent un regard : contact établi, de l’étudiant au sans abri. Alors un jour, Arthur dit bonjour. Surprise, on lui répond. Bonjour, lui dit-on. L’homme a une voix. Mieux : un prénom. Etienne, il s’appelle, et tiens, ça sonne bien. Alors, tous les matins, Arthur l’interpelle. Il n’ose pas le « ça va ? », mais tente un « bonne journée ! ». A force les deux hommes commencent à se parler. C’est qu’avec lui Arthur a pris de quoi manger. A Etienne il le tend, Etienne le prend, continue à parler. De la vie en général, de lui en particulier. Comment il a perdu pied. Comment tout allait bien, quand ça a dérapé. Etienne a une histoire, il a un cv, c’est qu’il y a toute une vie derrière le sans abri. Arthur écoute, saisi. Ce matin là, il est tout ouïe. Et l'école ? On oublie !

Le soir, Arthur voit ses amis… Ca parle des filles, des cours et de vêtements aussi. Tous ceux qu’on n’a plus mis et qui depuis des mois ne sont plus sortis (du placard), c’est un gâchis. Sitôt dit, Sitôt pliés. Arthur les met dans un paquet. Le matin il le donne à Etienne qui s’étonne. Il sourit, rit, apprécie… Prend Arthur dans ses bras, lui dit : « tu n’imagines pas, le bien que ça fait, le bonheur que c’est ». C’est Noël avant l’heure, pense Arthur, stupéfait. Cette explosion de joie, il n’en revient pas. L’image d’Etienne, le souvenir de cette scène, lui trotte dans la tête. Et, c’est tout bête, mais l’idée lui vient comme ça, là, sur le chemin du retour… Il sort d’un cours : entreprenariat social, c’est ambitieux, c’est abyssal, ça fait chic, c’est surtout théorique… Sauf qu’Arthur, cette fois, le met en pratique.

Génération 2.0, il pense tout de suite réseaux sociaux. Réactivité, créativité. Contact facilité, chaîne de solidarité. Pour cela il le sait, il faudra frapper fort. Faire simple bien sûr, mais surtout faire bouger. Il cherche la formule, finit par la trouver : « un cado pour un charclo », c’est comme ça que ça va s’appeler. Cado avec un o, c’est du langage texto. C’est aussi parce qu’ici, on réinvente le cadeau : on veut de l’utile, oui mais, de l’immatériel aussi. Un peu de temps partagé, un peu de mots échangés. Du lien social en somme, ce qui fait de nous des hommes. Charclo c’est du verlan. C’est clochard à l’envers, ça choque ? C’est volontaire. Reste à créer le logo, à faire passer le mot, du bruit sur les réseaux sociaux. La page Facebook est née : 15 000 fois aimée, 8000 fois partagée, 600 fois commentée. Pari tenu : 3000 cadeaux reçus. Echarpes, couvertures, bonnets : il faut les distribuer. 200 bénévoles recrutés, l’association est née. Franc succès. Un an plus tard, elle a essaimé. Lille rempile, cette année. Nantes s’y est mise dans la foulée. D’autres villes l’ont contacté. Arthur jubile : c’est sûr, l’histoire ne fait que commencer.

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