L’histoire d’AnnaLucy, ça marche aussi. C’est le surnom qu’elles ont choisi pour afficher leur double vie - en double, oui.

A gauche à Anna, à droite Lucy. Ou est-ce l'inverse ? Ou bien tout simplement, voici AnnaLucy
A gauche à Anna, à droite Lucy. Ou est-ce l'inverse ? Ou bien tout simplement, voici AnnaLucy © Capture d'écran youtube (23/02/2017)

Sur les réseaux, c’est leur pseudo : il est deux, mais il n’est qu’un, parce qu’elles postent à quatre mains ; qu’en vidéo elles parlent, c’est beau, d’une même voix – comme un duo à capella. A gauche Anna, à droite Lucy - enfin, je crois, c’est ce qu’on m’a dit… Au singulier comme au pluriel, AnnaLucy sont sœurs jumelles, viennent d’Australie, où comme ici, on naît, on meurt, mais tout va vite.

Pourvu que ça fuse comme un tweet, pourvu que ça se pâme sur Instagram, que ça se looke sur Facebook.

Créature parfaite, et parfaitement faite pour les fans d’internet, AnnaLucy joue les starlettes. Bouche lippue, robe fendue, avec, surtout, pas beaucoup de tissu. Juste de quoi afficher une printanière rotondité fessière : la croupe chaloupe, elles en sont fières.

Elles ont raison, c’est saisissant, de voir leur si noirs cheveux longs descendre tout shuss jusqu’au derrière. Le tout moulant, les seins, c’est débordant. Couleurs flashy, c’est plus sexy. C’est jaune poussin, ou rouge carmin, bleu électrique, ou noir gothique. En un instant, ça doit faire tilt. Ca doit flasher, ça doit briller. Alors on porte des paillettes, de la pointe du doigt de pied, jusqu’au haut de la pommette.

Je dis « la », il y en a « des ». Au pluriel, c’est singulier, on croit voir double, on hallucine, et elles en rient, les petites coquines. Elles savent bien qu’ici, pour faire la différence, il faut qu’elles poussent plus loin la moindre ressemblance. En toute logique alors, elles posent à l’identique, comme un miroir… Magique ? Disons plutôt que sans lui, il n’y aurait pas d’histoire.

Les "jumelles les plus ressemblantes de la planète"

Une histoire qui commence en fait il y a quelques années. Au Japon, dans une télé-réalité, où Anna comme Lucy, bien sûr, ensemble, ont postulé. Le but du jeu ? Se présenter, jumeaux, jumelles, devant un drôle de logiciel… « Reconnaissance faciale » c’est annoncé. Et de la tête jusqu’au pied les candidats se font scanner.

A l’arrivée, AnnaLucy gagne le trophée. Et donc devant le monde entier, en un instant, elles sont sacrées, triomphantes, « jumelles les plus ressemblantes de la planète ». Les médias, les réseaux, leur font la fête, leur personnage alors peut naître. Avec nous elles jouent et elles racontent tout.

Elles savent qu’elles fascinent, alors disent, mutines, comment elles partagent tout. Qu’elles pèsent leur assiette, doivent faire le même repas. Et qu’elles comptent leur pas, mesurent leurs efforts, pour que l’une comme l’autre fasse le même poids, garde le même corps. Que ça a toujours été comme ça, que depuis l’école maternelle, pas une minute en temps réel, elles n’ont voulu se séparer.

Et que c’est à l’université, que le bistouri a commencé. Car pour finir, elles l’ont avoué : 150 000 euros dépensés, pour se faire refaire le nez, se rajouter du sein, et le sourcil, se l’épiler. Cela pour plus se ressembler.

Mais aujourd’hui, ça, c’est fini : elles promettent de tout arrêter. Marre de paraître superficielles, disent-elles. Surtout, revenir à l’essentiel : l’amour, le vrai. Elles l’ont trouvé, et par Facebook interposé.

L'amour à trois

C’est lui qui est venu les aborder. Mais alors Ben, il ignorait à qui des deux il s’adressait. Alors les deux il a aimées. AnnaLucy a sauté de joie : car pour la toute première fois, en voilà un qui, enfin, ne les éloignera pas. Aujourd’hui donc ils s’aiment à trois, à les entendre, c’est le paradis. Ici, jamais de jalousie. Mais si et seulement si, chaque fois que Ben embrasse Lucy, il embrasse bien Anna aussi.

Ça lui fait le double d’énergie, sourit, maligne, AnnaLucy, devant son public ébahi… Mais sur Facebook, là, elle ajoute que leur homme reçoit en retour, chaque jour une double ration d’amour.

Et le futur ? Eux, ils le voient : en rose, en blanc, mais ils y croient. Cherchent un endroit où se marier – à trois, légalement, ils peuvent chercher.

Surtout ils veulent un enfant. Enfin, ils en veulent deux maintenant. Tomber enceintes le même jour, elles s’y emploient, elles font tout pour.

Et elles confient, le rouge aux joues, qu’au-delà, leur rêve le plus fou, serait de vraiment ne faire qu’un. A trois, à deux, à cinq, en revanche, ça, on ne sait plus bien.

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