fausses infos, vraies rumeurs, blagues de plus ou moins bon goût, les réseaux sociaux offrent une belle caisse de résonance aux bruits les plus divers…

Une ado qui s’ennuie, une ado dont la fantaisie, la sauva d’un dimanche de pluie, l’espace d’une après-midi, elle s’offrit de belles sensations, avant de risquer la prison. Pour des raisons que vous comprendrez, elle a gardé son nom secret. Son âge, aussi, rien qui permette de la retrouver cette fois-ci. Alors appelons-la Sophie, comme dans « les malheurs de Sophie », car elle partage l’espièglerie, de la toute jeune créature, de feu la Comtesse de Ségur.

Cette Sophie-ci vit à Colleret, village du nord de la France, près de Maubeuge. On y recense 1650 habitants, et encore quand c’est l’affluence. Quand sur la D936, passent les camions, les car scolaires, ça fait office d’animation, mais ce jour-là, on est dimanche et si j’en crois Wikipédia, à part l’Eglise du village, entre deux rues qui n’ont plus d’âge, il n’y a pas vraiment d’endroit, où tuer cet animal de temps, quand on est un adolescent. Alors comme font tous ses amis, Sophie allume le wifi. A internet, connectée, c’est bon, elle se met à surfer. Les faits divers, c’est son hobby, elle aime se faire peur Sophie, alors des meurtres, elle applaudit. Un peu morbide, oui c’est un fait, mais c’est de son âge, que voulez-vous, c’est ça ou le tatouage dans le cou - avec du sang qui coule, c’est chou. Bref Sophie se balade en ligne, les chiens écrasés la fascinent…

Mais tout d’un coup Sophie pile net, cette histoire là, elle est parfaite. Cette jeune femme assassinée ressemble à une fille de Colleret. C’est drôle elle pourrait la connaître, c’est drôle elle pourrait même peut-être… Et tiens si on faisait croire que c’est elle qui l’a tuée, mais que, finaude elle maquille son forfait : un incendie pour tout cacher, le cadavre comme les traces de pied. Sophie l’a vu à la télé, les inspecteurs se font avoir. Oui mais quand même, cette histoire, il faut qu’elle ait un happy end. Un assassin incarcéré, c’est mieux quand même, il faut l’avouer.

Sophie s’imagine arrêtée, derrière les barreaux, écrouée. Manque plus qu’un titre, ce sera plié. Elle le trouve vite, grande fan qu’elle est, de ces articles, de ces filets. « Colleret : elle met le feu pour cacher un meurtre ». Le texte glissé dans une maquette, trouvée au hasard d’internet. Le tout ressemble, copié, collé, à un fait divers de cette presse qu’elle aime tant, la jeune bougresse. Sophie est fière de son idée ; de son talent, elle ne revient pas. Y a pas de raison qu’elle soit la seule à profiter du résultat. Elle veut que ses copines le voient. Alors sur Facebook, y a plus qu’à : glisser le texte, le poster, et appuyer sur « envoyer ». Deux clics, c’est fait, c’est un succès. Comme ses copines ont adoré, bien vite elles l’ont fait partager. En quelques heures c’est tout Colleret qui apprend que la mort a frappé, et que c’est Sophie qui a tué. Parce que ravie de son bon coup, Sophie a balancé le tout : son nom, son prénom, s’est vantée, d’avoir tué, d’être arrêtée. Quelle étourdie, einh, cette Sophie !

Le maire déboule à la mairie. Quelqu’un est mort dans mon village ? Il veut savoir, il est en nage. Et ses adjoints, interloqués, bien sûr ont lu le même papier. Mais non pas de mort, à priori, rien qu’on leur aurait rapporté. Coup de fil à la gendarmerie, pour vérifier ce drôle de bruit. Mais toujours pas de crime ici, de macchabée ou d’incendie. Le maire alors relit le papier, à la recherche d’un élément, d’un détail qui aurait dénoué, cette histoire de fou, ce roman. Et là elles lui sautent en pleine face, toutes ces fautes d’orthographe, auxquelles personne n’avait fait gaffe. Pourtant elles signent le canular, la supercherie, c’est un boulevard, pour qui se serait concentré, avant de propager l’info, dans la bulle des réseaux sociaux.

Pendant ce temps, à la maison, Sophie se fait passer un savon. Tous les amis de ses parents, ont appelés, affolés, voulant, prendre des nouvelles de la petite, une meurtrière, c’est insolite… Le choc passe, les parents s’ébrouent, attrapent leur fille par le cou : ils la somment de s’excuser, auprès du maire et de Colleret, leur joli village si tranquille, qu’aujourd’hui elle a bien secoué. Sophie ensuite veut supprimer, le fameux post qu’elle a créé. Mais c’est trop tard, le mal est fait. L’article mille fois partagé : sa créature lui a échappé, sur internet, on ne meurt jamais.

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