Un duel au soleil d’internet, là où les clic clic du clavier sont les tac tac des mitraillettes.

Un duel au soleil d’internet, là où les clic clic du clavier sont les tac tac des mitraillettes. Où, doigt sur la gâchette, message posté, les mots font couler…Un duel au soleil d’internet, là où les clic clic du clavier sont les tac tac des mitraillettes. Où, doigt sur la gâchette, message posté, les mots font couler… De l’encre pas du sang,-mais… Paf ! En pleine tête. C’est violent, les écrits restent, alors c’est saignant.

Ca fait mal et c’est ballot parce que jusque là c’était plutôt innocent… C’était il y a 26 ans… A peine. Marion Seclin naissait. Jolie tête bien faite, jolie tête bien pleine, elle est multi-carte, elle est multi-talent. Dans cette génération, on est polyvalent… Un peu comédienne, un peu musicienne, parfois journaliste, surtout humoriste… Témoin, ses sketchs, ses sorties de pistes, en vidéo, un succès, sur les réseaux sociaux. Poisson dans l’eau… Dans cette génération, on est deux points zéro. Sur Facebook elle s’est présentée : elle dit qu’elle aime le roller, le cinéma et le ukulelé. Sur twitter elle écrit qu’à la tête, elle a tant de grain de beauté que si on la rasait, elle ressemblerait… A un cookie, si si. Sur Instagram elle y est, aussi : dans les bras, un chat ; sur le bras, des tatouages. Et sur sa chaîne YouTube, ça parle maquillage. Des tutoriels beauté, qui lui offrent toute une communauté.

Forte de sa notoriété, un jour, Marion s’est auto-outé. C’était au début de l’année : les yeux pas maquillés (c’est fait exprès) et un piercing dans le nez (ça fait de l’effet), elle a le poing levé et… Féministe, le mot est lâché. C’est un fait, c’est avoué. Parce qu’elle en a marre de se taire, elle dit qu’elle est en colère. Contre les inégalités, de salaire. Parce qu’il y a trop peu de femmes pédégères. Et trop peu d’hommes au foyer. Parce qu’elle en a marre des préjugés, elle dit qu’elle est féministe, mais qu’elle est épilée. Son message n’a rien de révolutionnaire, bien plus doux que celui de nos mères, elle n’est ni sanglante, ni ordurière. A ses pairs, les jeunes trentenaires, elle dit : bougez-vous, que les femmes puissent toucher leurs sous, ça n’est pas tout, sur le chemin de l’égalité, il y a pas mal à faire et voilà tout.

Sa communauté applaudit, sa communauté enchérit. Un hachtag naît : « je suis féministe mais ». Comme dans « je suis féministe mais j’aime me maquiller ». C’est poli, peut-être polissé, ça a le mérite d’exister… Et puis Marion a continué : deux vidéos sur le harcèlement de rue, l’une comme l’autre, elles ont plu. Mini-carton pour Marion.

L’histoire est terminée ? Que non ! La hache de guerre est déterrée… Les femmes d’un côté de la tranchée, les hommes occupent l’autre côté. Elles ont leur amazone, Marion Seclin est leur icône… Ils ont leur Attila, leur capitaine, prêt au combat. D’ailleurs, c’est lui qui les a déclenchés, lui qui les a rameutés. Lui, c’est un troll, c’est comme ça qu’on dit, sur Facebook, sur Twitter aussi. Un méchant, si vous voulez, ça passe aussi, tout juste bon à déverser son fiel. Celui-ci en l’occurrence s’appelle : « Raptor dissident ». Journaliste, affirme-t-il, en se présentant. Son avatar : un dinosaure - ça fait flipper. Sa chaîne you tube, attendez : une revue d’actualité, avec une bonne grosse dose de haine, fermez les guillemets. Un beau jour, au milieu du mois de Juillet, Raptor exhorte sa communauté à inonder Marion de réactions, de commentaires. Il dit un mot tout le monde consent, c’est un déferlement, c’est clair. Des attaques au physique, c’est chic. Des insultes, on la traite, bien sûr, de pute… Ou d’hystérique, c’est classique. De semaine en semaine, la rage se déchaîne, les messages s’enchaînent. Quatre mois plus tard, il y en a 30 000 au moins. C’est épique, c’est tragique, de bêtise c’est certain… Ca donne : « tu pisseras jamais debout grosse conne » … Pardon Ali, c’est laid, je sais, on est à l’antenne, non mais… Sachez que je tais : les menaces de mort, les appels au viol, oui ça aussi, c’est fait. Ca aussi, on en a eu. Non, l’histoire est loin d’être terminée, qui l’eut cru. Ca fait des siècles qu’elle a commencé. En 2.0, elle a juste muté.

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