On le sait, internet comme les réseaux sociaux peuvent offrir le meilleur comme le pire, nous connectant au monde entier en deux clics.

« Je suis née sous X, le 25/07/1995 à 12h35 à Bordeaux, je m'appelle Karine. » : le message partagé sur Facebook le 30 septembre. Et ça a marché !
« Je suis née sous X, le 25/07/1995 à 12h35 à Bordeaux, je m'appelle Karine. » : le message partagé sur Facebook le 30 septembre. Et ça a marché ! © Capture d'écran

C'est l'histoire d'un X qu’on a du mal à décoller, du mal à fendiller, tellement le mystère est épais. Un X qui trotte dans la tête, comme ne le fera jamais aucune lettre. Le X cache une identité à tous ceux qui souhaitent la retrouver. Un X inscrit sur un livret, de famille, là, juste à côté, du nom de l’enfant adopté… Cette enfant, c’est Karine, une gamine, vingt et un ans ; aussitôt née, sitôt laissée, par cette mère, cette inconnue, qui n’a pas voulu, n’a pas pu, s’en occuper et bien l’élever.

A quatre mois, elle est adoptée. Très vite elle sait la vérité. Ses parents ne lui cachent rien, lui disent tout ce qu’ils savent, du moins. Que comme elle sa mère biologique, un temps à l’assistance publique, avait été ensuite confiée, à des parents, qui l’adoptaient. Qu’elle était une adolescente, quand elle s’est retrouvée enceinte. Et qu’elle venait de Tahiti. C’est un détail ? Non, pas ici.

Karine grandit, elle est aimée, elle est choyée. Pas de secret, juste un peu de flou, mais pas de loup, dans le placard qui lui saute au cou. Karine grandit jusqu’au lycée et c’est elle qu’on vient questionner. Ses amis veulent soulever, un coin du voile de son histoire, ils veulent comprendre, ils veulent savoir : mais ta mère, tu sais pas qui c’est ? Vraiment tu n’as pas une idée ? Pourquoi elle t’a abandonnée ? Si ça se trouve, elle vit tout près. Tu ne veux vraiment pas la retrouver ? Moi franchement au moins, j’essaierai. Karine ne bronche pas, ne dit rien. Et elle leur dit que tout va bien. La preuve ? Elle sourit, tu vois bien...

Au fond d’elle-même, elle sent monter, la colère que toutes ces années, elle avait cru qu’elle ravalait. La douleur pointe le bout de son nez, la tristesse menace de gagner. La jeune fille grandit en silence et sur son chemin, elle avance. Elle serre les dents, elle est muette, mais dans sa tête, c’est obsédant. Tous ces pourquoi, tous ces comment ? Ces « qui ?», ces « quoi ? », ah c’est rageant !

Alors un jour elle saute le pas. Elle a vingt ans, elle ose ça. Sur internet, se connecter - à l’institution concernée - et son dossier, le demander. Et sa démarche, la motiver. Elle prend une feuille de papier, c’est sans doute la première fois, qu’elle dit que non, elle comprend pas, qu’on ait pu la laisser comme ça ; l’abandonner et puis partir, sans se retourner et sans rien dire. Que le peu d’éléments qu’elle a, honnêtement, ça ne suffit pas. Que tout l’amour de ses parents, ne comble pas ce vide, le sien, quand elle veut comprendre d’où elle vient. Karine respire, ça fait du bien. On dit « ça va mieux en le disant »… Et comme ça va mieux en le faisant, elle poste sa lettre... Envoyée !

Les semaines finissent par passer. On lui a dit que son dossier était accepté, validé. Que bientôt elle allait recevoir, les bouts manquants de son histoire. Mais six mois plus tard, pas un mot… Et Karine remonte au créneau. Direction les réseaux sociaux. Elle sait qu’ici, tout va plus vite, elle compte sur le hasard, la petite. Un post pour retrouver sa mère, oui c’est une bouteille à la mer. Elle dit qu’elle n’a plus de colère, mais qu’elle a besoin de recoller, tous les morceaux qui font ce qu’elle est. Elle dit l’absence, elle dit le silence, elle dit le manque, sort de sa planque. Elle donne enfin, le peu qu’elle sait. Mais Tahiti, elle l’a caché. Seule la vraie pourra en parler.

Une heure plus tard, c’est un déluge. Son message a fait du grabuge. On a partagé, commenté, répondu sur sa boîte privée. Certains lui donnent de l’espoir, affirment savoir son histoire. Ajoutent qu’ils savent où la trouver, peut-être bien qu’ils pourraient l’aider, son inconnue ils la connaissent... Et puis ils ne répondent plus, disparaissent sans laisser d’adresse. Chaque fois Karine a le cœur qui bat, chaque fois elle redescend plus bas. Jour après jour, elle est accro. Le nez collé sur le réseau. Son portable vissé à la main, elle ne se concentre sur rien.

Jusqu’à ce samedi matin, où vient la trouver l’inconnue. Elle dit c’est moi, j’me suis reconnue. Donne des détails sur sa personne, elle en ajoute sur Tahiti. Alors cette fois, oui, c’est la bonne. Mère et fille enfin réunies, et par Facebook interposé, le X est enfin décollé, c’est tout le fil de leur vie, qu’elles vont maintenant pouvoir renouer.

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