Françoise Héritier était professeur au Collège de France. Elle avait observé que l’humanité s’était interrogée sur la dissymétrie fondamentale : les femmes seules pouvant enfanter des hommes. Elle affirmait qu’une fois dissoute cette hiérarchie femmes-hommes, toutes les autres pourraient être transformées.

Françoise Héritier à Cassis en mai 2001
Françoise Héritier à Cassis en mai 2001 © Getty / Patrick BOX

Françoise Héritier vient d'une petite bourgeoisie raisonnable. Sa mère lui disait : "Ma pauvre chérie, je ne comprendrais jamais ce que tu écris". Ses parents ont réalisé qui elle était, le jour de sa leçon inaugurale au Collège de France, quand Levi-Strauss s'est approché d'eux pour les féliciter. 

Très jeune, elle pressentira l'importance des réseaux de parenté, en écoutant ses grands-mères évoquer les alliances de familles dans son village. Elle en découvre les caractéristiques structurantes avec Levi-Strauss en venant à Paris. Elle raconte et analyse toute sa vie, les différences femmes-hommes : la rapidité avec laquelle on calme un petit garçon qui pleure, car il pourrait se laisser submerger par la colère alors que la petite fille peut attendre. Plus tard, un jeune homme qui a une envie sexuelle "irrépressible" devra être satisfait tout de suite. 

Elle devient chercheure permanente au laboratoire d'anthropologie sociale de Levi-Strauss et devient enseignante à l'EHESS. 

"Le fait d'être la seule femme dans un monde exclusivement masculin induisait chez moi quelque chose de très particulier : imaginez que vous êtes dans un monde où il n'y a qu'un seul sexe. Vous ne voyez que des hommes et eux voient que vous êtes une femme, mais finissent par l'oublier (vous êtes une collègue qui parle le même langage qu'eux). Mais moi, ne voyant que des hommes autour de moi, c'est tout juste si je ne me voyais pas comme un homme parmi des hommes.

J'ai vécu cette entrée comme une terreur physique. 

L'un de nos invités, Yann Potin, nous explique la portée du Collège de France en anthropologie et dans le monde de la recherche : "Le collège de France pour l'anthropologie, est l'une des rares institutions. Le problème d'un cours au Collège de France, c'est à la fois qu'il faut du neuf, mais dispensé à un public très large puisque c'est un auditoire libre."

Véronique Nahoum-Grappe a suivi fidèlement les cours de Françoise Héritier durant 20 ans : "Toutes les femmes sont devenues les cadettes des hommes, même entre frères et sœurs et plus tard. [...] Dans cette dyssimétrie structurelle entre masculin et féminin qui donne au masculin quelque chose de plus fort, que le féminin en termes de valeurs sur plusieurs plans, elle cite plusieurs textes qu'elle a travaillés, la perception de l'enfantement entre les deux corps donne à la femme le rôle de vase sacrée, de réceptacle, de marmite comme on disait en Afrique, et l'homme, celui qui transforme la nourriture en sperme, ce qui donne quelque chose de plus chaud, et plus de valeur, car c'est ce sperme qui sera déposé dans le corps de la femme pour devenir des enfants des deux sexes. S'il y a un problème, ça viendra d'elle. Le sang masculin est plus mobile, créateur et le lait en face est plus faible."

Françoise Héritier deviendra la tête du Conseil National du Sida, et sa première Présidente. 

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Françoise Héritier
Françoise Héritier © Getty

Livres : tardifs mais nombreux. Certains très savants comme L'exercice de la parenté. D'autres plus "grand public" à partir du moment où elle est publiée par Odile Jacob. Ses plus grands succès sont ce qu'elle appelle ses fantaisies : Le sel de la vie, Le goût des mots.

Morte en 2017, le jour de son 84ème anniversaire à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière où elle était soignée depuis longtemps pour une maladie auto-immune. S'est révélée une patiente idéale dès lors qu'elle a été considérée comme une personne par son médecin, le professeur Piette.

Bibliographie

  • Françoise Héritier, L'Exercice de la parenté (édition Gallimard)
  • Françoise Héritier-Augé, Leçon inaugurale faite le 25 février 1983 au Collège de France chaire d'Étude comparée des sociétés africaines, au Collège de France (Accès au texte intégral sur OpenEdition)
  • Françoise Héritier, Masculin-Féminin I. La Pensée de la différence (éditions Odile Jacob)
  • Françoise Héritier, Masculin-Féminin II. Dissoudre la hiérarchie (éditions Odile Jacob)
  • Françoise Héritier, L'Identique et le Différent : entretiens avec Caroline Broué (Éditions de l'Aube)
  • Françoise Héritier, et Margarita Xanthakou (dir.) Corps et affects (éditions Odile Jacob)
  • Françoise Héritier, Le Sel de la vie (éditions Odile Jacob)
  • Françoise Héritier, Le Goût des mots (éditions Odile Jacob)
  • Françoise Héritier, Au gré des jours (éditions Odile Jacob)
  • Françoise Héritier, Sida un défi anthropologique (textes réunis par Salvatore d'Onofrio) (éditions Les Belles Lettres)
  • Salvatore d'Onofrio et Emmanuel Terray (dir.) Françoise Héritier, (Editions Cahiers de l'Herne)
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