Résistance, déportation, combat des femmes. Au long de sa longue vie –centenaire- Germaine Tillion s’est retrouvée face aux grands nœuds du XXème siècle. Et, en Algérie, dont elle avait été l’ethnologue, au cœur de la guerre d’indépendance

Germaine Tillion chez elle à Saint-Mandé en 1972
Germaine Tillion chez elle à Saint-Mandé en 1972 © AFP / STF

Prénom : Germaine

Nom : Tillion

Naissance : 30 mai 1907, en Haute Loire.

D'une famille tôt installée en région parisienne, de bourgeoisie moyenne, républicaine et catholique. On n'y parle pas de politique mais on y est naturellement patriote.

Etudes : Eclectiques : archéologie, préhistoire etc. Un goût prononcé pour l'ethnologie suscité par le premier maitre, Marcel Mauss.

Premières missions : Elle entreprendra toute sa vie de nombreux voyages d'études. En 1935-1940, son premier terrain, d'abord en compagnie de Thérèse Rivière, ce sera l'Aurès, en Algérie. Y naitra l'idée qu'une certaine conception de la famille structure le bassin méditerranéen - et au-delà. Une même volonté acharnée de vivre entre soi, de garder les filles dans la famille. Une volonté qui vient de très loin. Du néolithique, dit-elle. De bien avant l'Islam donc. Depuis, il n'a pas été mis fin au statut dominé des femmes et cette question empoisonne toujours une partie du monde.

La Deuxième guerre : Germaine Tillion rentre en France en juin 1940 et spontanément, avec sa mère Emilie, entre en résistance. Elle appartiendra à différents groupes dont elle retracera l'histoire plus tard sous le nom générique de Réseau du musée de l'Homme.

Arrêtée en 1942, déportée à Ravensbrück où elle retrouvera sa mère qui sera assassinée en mars 1945. Germaine essaiera avec obstination de se comporter au camp en enquêtrice, cherchant à démonter le système d'exploitation nazi. Après sa libération, elle consacrera beaucoup d'années à un grand livre consacré à ses camarades de Ravensbrück.

Au CNRS qu'elle a retrouvé, de la section ethnologie elle passe à la section histoire. Plus tard, aux Hautes Etudes, elle sera élue directrice d'études, de nouveau en ethnologie. 

L'Algérie, de nouveau : Une Algérie saisie par une guerre dont elle finira par comprendre que c'est une guerre d'indépendance. Avec des enquêtes toujours. Sur les déplacements forcés de population, les conditions de détention, la torture. En 1957, après une rencontre avec le chef du FLN d'Alger, elle essaie d'établir une trêve.

Après 1958, elle décide de faire confiance à la politique du général de Gaulle qui la connait de près par sa nièce Geneviève de Gaulle, une ancienne de Ravensbrück, et qui l'estime beaucoup.

Œuvres : Sur les sujets "méditerranéens" qui vont nous requérir aujourd'hui, « Le harem et les cousins », « Il était une fois l'ethnographie ».

Mort : Le 19 avril 2008, dans sa cent-unième année, dans sa maison de Saint-Mandé au-dessus du lac où elle avait accueilli tant d'amis algériens. Elle est entrée au Panthéon en 2015.

Ouvrages de Germaine Tillion :

  • Le Harem et les cousins Points 
  • Il était une fois l’ethnographie Editions du Seuil
  • (Avec Nancy Wood) L’Algérie aurésienne La Martinière / Perrin
  • L’Algérie en 1957 Editions Tirésias
  • Les Ennemis complémentaires Editions Tirésias

Autres ouvrages :

  • Michèle Coquet L'Aurès de Thérèse Rivière et Germaine Tillion – Être ethnologue dans l'Algérie des années 30 Le Bord de l'Eau
  • Fabien Sacriste Germaine Tillion, Jacques Berque, Jean Servier et Pierre Bourdieu. Des ethnologues dans la guerre d'indépendance algérienne L'Harmattan
  • Revue Esprit de février 2000 "Les vies de Germaine Tillion"

Le site de l'Association Germaine Tillion

Les invités
  • Christian BrombergerAnthropologue, professeur émérite à l’université d’Aix-Marseille et président de l’association Germaine Tillion
  • Michèle CoquetAnthropologue et directrice de recherches HDR au CNRS
L'équipe