Au lendemain du premier tour et du succès de La République en Marche, analyse des résultats avec le géographe Jacques Lévy et le DG d'Ipsos, Brice Teinturier, avec Patrick Cohen

Jacques Lévy et Brice Teinturier
Jacques Lévy et Brice Teinturier © Maxppp / Christophe Morin

Pourquoi tant de monde s'est abstenu, pour ce premier tour des élections législatives, ce dimanche ? Selon le directeur général d'Ipsos, Brice Teinturier, "il n'y a que 9% des abstentionnistes qui sont allés voter parce qu'ils pensaient que les jeux étaient faits". En somme, les autres ont "laissé faire" : "Il n'y ni une lame de fond de soutien, ni une opposition", explique-t-il, ajoutant que l'état d'esprit des électeurs est plutôt "On va voir ce que ça va donner, et rendez-vous dans quelques mois".

Pour les partis traditionnels, cette élection ressemble à un jeu de massacre : "Quand nous avons sorti nos premières simulations il y a huit jours (...) on voyait que le PS était laminé, mais on le voyait également à droite", explique Brice Teinturier. Car "le très faible score du FN ne favorise pas la droite LR, parce que c'est La République en Marche qui attrape des voix des deux côtés".

Des fiefs ont basculé

Pour Jacques Lévy, le plus notable c'est qu'il "y avait des zones de forces des partis assez stables, des circonscriptions où à toutes les élections on était sûr que ce serait tel ou tel bord". C'est le cas par exemple de l'est et du sud du bassin parisien et du nord de la région Rhône-Alpes-Auvergne pour la droite, ou de l'ancien Nord Pas-de-Calais et d'une partie du sud ouest pour la gauche

"C'est Lao-Tseu qui nous a donné la clé", explique Jacques Lévy. "Emmanuel Macron a découpé la viande sur sa bonne connaissance de l'anatomie", c'est-à-dire qu'il a réussi "à découper à l'intérieur d'un univers qui semblait inoxydable (...) parce qu'il a su écouter les lignes de clivage que les Français, d'accord ou pas avec lui, avaient envie de voir émerger".

L'abstention a aussi touché le FN et la France infousmise

Ce qui est plus étonnant, c'est que cette "abstention différentielle" n'a pas profité aux autres "recomposeurs" que sont le Front national et la France insoumise : "Ils n'avaient pas de raison, sur le papier, de s'abstenir ; ils pouvaient considérer qu'ils allaient renforcer une opposition", dit Jacques Lévy. "Mais on constate que les tribuniciens d'ajourd'hui ne sont pas ceux d'autrefois : dans la fidélité communiste il y avait une temporalité qui faisait qu'on était fidèle parce qu'on pensait qu'un jour on gagnerait. Or quand le FN ou la FI perdent, ça les déprime. C'est pour cela qu'ils ont beaucoup de mal à tenir leur électorat".

Selon Brice Teinturier, "les effets de la mobilisation ont percuté le FN et la FI mais aussi une partie de l'électorat traditionnel, avec les électeurs de François Fillon qui se sont abstenus à 38%, des électeurs âgés qui d'habitude se mobilisent massivement. On voit qu'eux aussi peuvent évoluer dans leur vote", explique-t-il.

Peut-on alors aller jusqu'à parler d'un renversement de l'état psychologique de la France ? Non, selon le directeur général d'Ipsos : l'état d'esprit consiste à dire "qu'on va leur laisser une chance, parce qu'a priori tout cela est différent et correspond à la volonté de sortir du clivage perçu comme artificiel entre la gauche et la droite".

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