Il y a 30 ans, le 9 novembre 1989, le mur de Berlin tombait. La séparation entre les parties orientale et occidentale de la capitale allemande avait symbolisé pendant 28 ans la séparation de deux mondes en guerre froide.

Le monument dédié aux victimes du mur à Berlin
Le monument dédié aux victimes du mur à Berlin © Radio France / Frédéric Cayrou

Il y a tout juste 30 ans, Éric Biégala faisait partie des reporters qui se sont précipités à Berlin quand ils ont appris que le mur était enfin en train de tomber.

Pendant  28 ans, ce mur coupera en deux la capitale de l’Allemagne, symbolisant à lui seul cette guerre des deux mondes qui a structuré la planète après la seconde guerre mondiale.

À Berlin, 140 personnes ont trouvé la mort, le plus souvent abattues par les soldats est-allemands. Mais c’est bien sur toute la longueur du rideau de fer que par milliers, et au péril de leur vie, les habitants de l’Est ont tenté de passer à l’Ouest, déployant parfois des trésors d’ingéniosité. Certains ont même réussi à passer en tyrolienne de pylône en pylône sur des lignes électriques, d'autres ont fabriqué une montgolfière pour s'évader par les airs.

Robert Ospald avec la tyrolienne sur laquelle il a franchi la frontière austro-hongroise sur une ligne à haute-tension
Robert Ospald avec la tyrolienne sur laquelle il a franchi la frontière austro-hongroise sur une ligne à haute-tension © Radio France / Frédéric Cayrou

La tentation de l’Ouest avait de nombreuses motivations : idéologique, économique et même sentimentale. Pour avoir tenté par amour de quitter l’Allemagne de l’Est, on pouvait se retrouver emprisonné et même torturé. Les pouvoirs de la Stasi, le ministère de la Sécurité de l’état étaient pratiquement illimités.

Dès 1952, la frontière entre les deux Allemagnes se ferme : trop d’Allemands de l’est partaient vivre à l’ouest.

Berlin, enclavée en Allemagne de l’Est, devient le dernier point de passage possible : on y circule encore librement entre les secteurs administrés par les armées des vainqueurs de la guerre. Les Allemands de l’Est s’y précipitent. Jusqu’en 1961, deux millions d’entre eux passent par Berlin, 200 000 dans les 6 premiers mois de 1961.

Le régime de l’Est ne peut plus tolérer cette hémorragie. Le 13 août, les Berlinois découvrent stupéfaits une barrière physique qui coupe leur ville en deux. D’abord il y a des rouleaux de barbelés gardés par des hommes en armes puis progressivement, un véritable mur est érigé. Et dès le mois d’août 1961, des Allemands perdent la vie en tentant de passer à l’Ouest. 

Berlin va progressivement devenir le symbole de la lutte de deux mondes qui s’affrontent. La prise de conscience occidentale peut être symbolisée par le fameux discours du président américain John Fitzgerald Kennedy, à l’hôtel de ville, en présence de Willy Brandt, et devant une foule occidentale galvanisée…

Évasions

Des évasions, il y en a eu des milliers à Berlin, mais plus le temps passait, plus le mur devenait hermétique. Les autorités est-allemandes, s’appuyant sur la Stasi mettaient tous les citoyens sous contrôle.  Alors, des réseaux se sont créés, car il fallait pratiquement se spécialiser pour déjouer la surveillance policière.

Les évasions réussies, spectaculaire ou pas, ont alimenté la chronique. À Berlin, le musée situé à proximité de Check Point Charlie, l’un des rares postes frontières entre les parties orientale et occidentale de Berlin, regorge d’objets divers, du faux passeport à la valise à double fond, utilisés pour passer à l’Ouest.

Mais la machine policière est-allemande était redoutable, et les échecs naturellement furent nombreux. On estime à 200 000 le nombre d’Allemands de l’est condamnés pour tentative de Republik Flucht, « fuite de la République ».

Sans même passer à l’acte, le fait d’envisager une fuite pouvait vous envoyer en prison.

En septembre 1989, la très importante foire de Leipzig attire de nombreux occidentaux en quête de nouveaux marchés. Quelques étudiants de l’Est se rassemblent avec des banderoles réclamant la liberté de circuler. 

Durement réprimée par les autorités qui évoquent des voyous, cette manifestation en provoque une autre, bien plus massive, le lundi suivant avec pour slogan « nous ne sommes pas des voyous, nous sommes le peuple ! », wir sind das Volk.

C’est le début de la fin pour le régime en place. Miné en outre par des dissensions internes, le parti communiste au pouvoir fait réprimer toutes ces manifestations devenues hebdomadaires. 

Le 23 octobre, elles réunissent pourtant 200 000 personnes, et quelques dignitaires du régime prennent parti pour les manifestants.

Devant la puissance du mouvement, le gouvernement est obligé d’annoncer quelques mesures de libéralisation, puis, le 9 novembre 1989, d'annoncer que la liberté de circulation était accordée aux citoyens de l'Est.

"Derrière le mur, la liberté", c’est un reportage d’Éric Biégala. Réalisation Violaine Ballet assistée de Martine Meyssonnier avec la collaboration ô combien précieuse d’Ute Gaboriau. Mixage, Kevin Peulot. Documentation, Sabine Bonamy.

Pour aller plus loin

🎧 TOUS LES ÉPISODES SUR BERLIN - La chute du mur de Berlin fête ses 30 ans (1989-2019)

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