Il y a juste 10 ans, le 12 janvier 2010, un violent séisme frappait Haïti. D’une magnitude évaluée à 7 sur l’échelle de Richter, le tremblement de terre a provoqué la mort de 300 000 Haïtiens, et en a jeté des millions à la rue en détruisant pratiquement toute la capitale Port-au-Prince.

Des enfants jouent dans les rues de Port-au-Prince
Des enfants jouent dans les rues de Port-au-Prince © AFP / Chandan Khanna

L'émotion suscitée dans la communauté internationale a théoriquement permis de mobiliser plusieurs milliards de dollars pour la reconstruction. Or, dix ans après, cette reconstruction n’est qu’un mirage.

Le pays de près de 12 millions d’habitants est miné par une instabilité politique quasi structurelle qui engendre une méfiance économique générale et se nourrit d’une corruption endémique. 

Depuis l’été dernier, et l’augmentation du prix de l’essence, naguère assez bas en raison d’accords commerciaux avec le Venezuela producteur et voisin, la colère monte contre le régime de l’actuel président Jovenel Moïse, élu en 2017.

Au plus fort de la contestation, un demi-million de personnes sont descendues dans les rues. Manifestations durement réprimées. Le pays a été paralysé pendant trois mois, sans aucun service public.

Des gens marchent sur la route, déserte avant les fusillades de gangs, au centre-ville de Port-au-Prince, le 20 décembre 2019.
Des gens marchent sur la route, déserte avant les fusillades de gangs, au centre-ville de Port-au-Prince, le 20 décembre 2019. © AFP / Chandan Khanna

L’ancienne « Perle des Antilles » est devenue l’un des pays les moins sûrs du monde. Certains quartiers de la capitale sont tenus par des gangs de bandits qui entretiennent des rapports plus que troubles avec les autorités, et depuis le départ de la MINUSTAH, force de maintien de l’ordre dépêchée par l’ONU, la criminalité a explosé.

Les réseaux sociaux servent de caisse de résonance aux exactions commises par des chefs de gangs aux comportements moyenâgeux. Pour faire régner l’ordre, le gouvernement ne dispose que d’une police de 15 000 hommes, mal équipés, mal formés et… mal payés.  Jimmy Cherizier, alias Barbecue, est lui-même un ancien policier.

Les tirs d’armes à feu sont fréquents dans les quartiers, et les kidnappings sont monnaie courante. Au cours de son reportage, Vanessa Descouraux en a été témoin, l’intervention de son chauffeur permettant en prévenant des policiers, l’arrestation, en plein jour, d’hommes en armes qui avaient ligoté un Haïtien et l’entraînaient vers une de ces zones de non-droit comme il en existe de nombreuses autour de Port-au-Prince.

Lundi 13 janvier, le lendemain du dixième anniversaire du séisme de 2010, Haïti va connaître un énième virage politique. La Chambre des députés sera constitutionnellement caduque ainsi que les mandats de près de la moitié des sénateurs. Comme aucune élection n’a été convoquée, le Président Jovenel devra gouverner par décret, avec donc les pleins pouvoirs pour son gouvernement.

Dans un pays où les inégalités sociales s’accentuent et où les plus pauvres vivent avec moins de deux dollars par jour, tous les ingrédients pour une nouvelle période de troubles sont donc réunis.

À la faveur d’une période de relative accalmie, Vanessa Descouraux a pu se rendre à Port-au-Prince pour nous proposer ce reportage, « Entre ruines et violence, Haïti aspire à la démocratie»

Un homme recueille l'eau d'une flaque d'eau à Port-au-Prince, le 27 décembre 2019
Un homme recueille l'eau d'une flaque d'eau à Port-au-Prince, le 27 décembre 2019 © AFP / CHANDAN KHANNA
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