Pour les femmes victimes de violences conjugales, porter plainte est souvent une épreuve supplémentaire. Malgré le nombre record de féminicides en France, nos institutions tardent à mieux recueillir la parole des victimes. Rediffusion de l'émission du 17 novembre 2019.

Sur les murs de Paris en mars 2020
Sur les murs de Paris en mars 2020 © AFP / Denis Meyer / Hans Lucas

Lucie a 35 ans. Elle a été battue par son ex compagnon. Elle a eu des bleus sur tout le corps et 15 jours d'ITT.
Elle est amère aussi car la plainte qu'elle a déposée contre son agresseur n'aboutit à rien.
"Moi je dis [aux enquêteurs, NDRL] 'je m'excuse de ne pas être morte'. J'aurais très bien pu. Là peut-être j'aurais été prise au sérieux. Et encore...

Ces mots sont terribles. Ils résument bien le mur contre lequel se heurtent les femmes victimes de violences conjugales.  
"Moi j'ai trop vu dans les dossiers des situations où on demandait aux femmes de supporter", déplore Anne Bouillon, avocate au barreau de Nantes, spécialiste du droit des femmes.
"On leur demande de serrer les dents. Ou de ne rien dire parce que cela porterait préjudice évidemment à leur conjoint mais aussi aux enfants. 'Pensez aux enfants madame parce qu'ils n'ont pas mérité ça'. Ce discours culpabilisant à l'endroit des femmes n'est plus acceptable."  

Les chiffres sont là pour nous montrer cette défaillance collective.  
En 2019, il y a eu en France au moins 126 féminicides, recensés par l'Agence France Presse.
Soit une femme tuée tous les trois jours.  
La crise sanitaire que nous traversons a-t-elle amplifié le phénomène? Il est sans doute un peu tôt pour le dire.
Mais la secrétaire d'Etat Marlène Schiappa estime que les plaintes déposées pour violences conjugales sont en hausse de 36%.  
Le Grenelle des violences conjugales, qui a eu lieu à l'automne dernier, a permis des avancées législatives.
Le secret médical peut être levé en cas de suspicion de violences.
Le bracelet électronique anti-rapprochement est en passe d'être généralisé pour les conjoints violents.  
Reste l'épreuve du dépôt de plainte:  

"C'est vrai que quand on convoque l'agresseur dans les services de police, c'est souvent quelqu'un qui présente bien, qui va donner des arguments et qui bien sûr va reporter la culpabilité sur la compagne", explique Chrystèle Cheval, brigadière au bureau d'aide aux victimes au commissariat de Nantes.

Dans ce reportage, Vanessa Descouraux est allée à la rencontre des femmes victimes de violences conjugales.
Elles racontent les difficultés à porter plainte. Les policiers parfois réticents. Leur parole qu'on minimise.
Les enquêtes qui n'aboutissent pas.   
Nous entendrons aussi une policière qui a été formée à l'accueil des victimes et cela fait toute la différence.  
Si le nombre de féminicides en France est effrayant, on assiste enfin à une prise de conscience de nos institutions.  

"Violences conjugales, l'épreuve de la plainte", c'est un reportage de Vanessa Descouraux, diffusé une première fois le 17 novembre dernier.  Réalisation: Sonia Leyglene assistée de Martine Meyssonnier. 

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